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Sous les palmiers, les artistes

Jusqu’au 8 juin, ¡Cuba ! Art et histoire de 1868 à nos jours invite les visiteurs à découvrir cette île souvent visitée, mais rarement comprise.

La commissaire générale du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), Nathalie Bondil, n’est pas peu fière d’avoir réussi à attirer ici la plus importante exposition sur l’art cubain jamais sortie de l’île. Celle-ci regroupe quelque 400 œuvres provenant des collections nationales cubaines, de musées américains comme le Museum of Modern Arts (MOMA) de New York, ainsi que de collections privées. 

L’exposition ¡Cuba ! Art et histoire permet de situer l’art de Cuba au sein des grands courants artistiques qui ont marqué le XXe siècle. « Cuba n’est pas une école provinciale ; c’est un carrefour culturel, souligne Mme Bondil. Les artistes cubains ont toujours eu le besoin de s’alimenter aux avant-gardes, d’où qu’elles soient ». Impressionnisme, puis art nouveau, futurisme et cubisme se mêlent tour à tour aux racines afro-caribéennes et aux influences d’artistes mexicains importants comme Rivera ou Orozco.

Les grands peintres du siècle s’appellent Wilfredo Lam, Mario Carreño, Marcelo Pogolotti, Jorge Arche. Leurs styles composites continuent d’alimenter la quête identitaire cubaine. Lam, peintre cubiste membre en règle de l’École de Paris, comptait parmi ses admirateurs Pablo Picasso et André Breton (excusez du peu!). Il s’est aussi fait l’auteur d’un manifeste plastique pour le Tiers monde, qui marque son engagement envers son pays d’origine.

La révolution socialiste cubaine est racontée en images par les clichés d’Osvaldo Salas et Alberto Díaz « Korda », l’auteur d’une certaine photo de Che Guevara (oui, celle des t‑shirts). Son Revolucionario heroico est bien là, entouré de nombreuses autres prises non moins remarquables. À voir aussi, une série d’affiches des premières décennies castristes, « expression illustrée de la réorganisation du pays en cours ». Mme Bondil insiste cependant sur le fait que le régime n’a jamais tenté d’imposer aux arts l’esthétique rigide du réalisme socialiste, contrairement aux dirigeants soviétiques et chinois. L’ennemi de la révolution étant « le capitalisme et non l’art abstrait », selon les dires mêmes du comandante Fidel Castro.

Une des pièces maîtresses de l’exposition est la murale collective dite du Salon de Mai, réalisée en 1967 par 26 artistes. Ce trésor national de 55 m², fait en hommage à la révolution, sort de Cuba pour la première fois en 40 ans. L’œuvre urbaine et engagée du futuriste Marcelo Pogolotti se voit aussi accorder un espace considérable, la commissaire souhaitant qu’elle reprenne la place qui lui est due.

L’art contemporain donne une mesure de la vivacité de la scène artistique cubaine. « L’art cubain n’a jamais été et n’est toujours pas un art de décoration. C’est avant tout un acte posé par les artistes », explique Mme Bondil. L’artiste cubain Antonio Fernández « Tonel » renchérit : « Malgré une certaine marchandisation, l’art cubain demeure très dynamique. Les thèmes ont changé, mais il y a toujours une grande variété de styles et de sujets ». Au rez-de-chaussée, la salle le StudiO présente d’ailleurs le fruit d’une collaboration artistique entre des cégépiens et des étudiants en art de l’Academia El Alba de La Havane, un aperçu de l’ampleur du réservoir de talent qui existe à Cuba.

Le portrait qui ressort de l’exposition est tout en nuances, tant dans la forme que dans le propos. Des affiches et des photos des premières années du régime Castro côtoient les œuvres de dissidents en exil. Mme Bondil raconte d’ailleurs l’émotion de certains artistes cubains qui ont pu admirer ici pour la première fois des œuvres majeures d’avant la révolution, aujourd’hui dans des collections américaines. « Nous jouons un rôle de pont. Plus qu’une réunion d’œuvres, l’exposition est une réunion de gens », explique la commissaire. Le musée s’attend d’ailleurs à un important flux de visiteurs en provenance des États-Unis.


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