Une démission qui a occupé de nombreux esprits au sein de l’Association étudiante de premier cycle de la Faculté de gestion Desautels (MUS), et une élection pour tourner la page. Depuis le début du mois, la cinquième faculté la plus grande de l’Université McGill est en plein tumulte.
La démission du président de la MUS, Daniel Jennings, le 9 octobre, a déclenché des élections partielles dont le vote s’achève ce soir, mercredi 28 octobre, à 19 h. Les plus de 3 500 étudiants de la faculté choisiront alors qui succèdera au président intérimaire Engueran Turmel-Josek : l’actuelle vice-présidente aux affaires académiques Lisa Marie (Mars) Bitout ou le candidat outsider Mayeul Hardy.
Une démission qui fait parler
Le communiqué officiel de la MUS, publié le 9 octobre sur Instagram pour annoncer la démission de Daniel Jennings, n’en fait aucune mention, mais les raisons de ce départ ont suscité de nombreuses discussions dans les couloirs de l’édifice Bronfman. La désactivation des commentaires sur la publication n’y a rien fait, et, très vite, plusieurs hypothèses ont été émises. Une semble désormais avoir conquis les têtes mcgilloises.
Le Délit a pu observer des messages envoyés par un·e membre du comité exécutif de la MUS affirmant qu’un processus de destitution allait être engagé, ce qui aurait incité Jennings à démissionner. Ces messages font état d’allégations d’inconduite à son endroit, que Le Délit n’a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante. Il est toutefois clair que les rumeurs circulant à son encontre ont pris suffisamment d’ampleur pour bouleverser la bienséance de l’exécutif de la MUS.
Contacté par Le Délit, Daniel Jennings a refusé de commenter, citant l’existence de « rumeurs erronées et négatives (tdlr) ». De son côté, la MUS ne souhaite plus commenter sur la situation. L’association étudiante se veut toutefois rassurante au sujet de la transition présidentielle. « Les projets lancés avant les élections se poursuivront, chaque membre du Conseil restant attaché aux initiatives mises en place au début de son mandat », confie au Délit Valérie Yeung, vice-présidente aux communications. « Parmi celles-ci figurent, entre autres, une meilleure visibilité des ressources de tutorat, des campagnes mettant à l’honneur les anciens élèves, l’élaboration d’un guide PASL, ainsi que la poursuite du succès des concours annuels d’études de cas et des conférences. »
Une campagne agitée
La constitution de la MUS prévoit que, en cas de démission du président, celle ou celui occupant le poste de vice-président·e aux affaires académiques assure la transition et assume le rôle de président·e intérimaire. Pourtant, Mars Bitout, qui occupe le poste depuis son élection à la fin de la session d’hiver 2026, a laissé la responsabilité au suivant dans la hiérarchie, le vice-président aux affaires financières Engueran Turmel-Josek. C’est à ce moment que la campagne est lancée.
« Le règlement est très clair concernant la participation d’un candidat au comité électoral : si j’avais accepté ce poste, je n’aurais pas pu me présenter », confie Mars Bitout au Délit. « J’ai refusé ce poste dès que le président a démissionné ; je savais que je devais réfléchir à la suite des événements avec beaucoup de prudence et de rapidité. »
La candidate se présente avec l’espoir que son expérience convaincra. Sénatrice en U1, coordonnatrice de l’annuaire des cours par la suite, désormais vice-présidente aux affaires académiques, son CV ne fait pas débat. Son programme est dense, avec une évidente inspiration puisée dans son parcours au sein de la MUS. Soutien dans la recherche de stage, centralisation de l’organisation des associations et des clubs de la faculté, et un agrandissement de son réseau avec une coordination interfacultaire approfondie dans l’optique d’une éventuelle foire des études supérieures : le choix d’une campagne académique.
Un grand contraste se dessine avec son adversaire, Mayeul Hardy, qui ne rejette pas son titre de candidat outsider. S’il n’a jamais occupé de poste au sein de la MUS, il considère cela comme une force plutôt qu’une faiblesse. Très critique du manque de transparence du comité exécutif, particulièrement sur les questions financières et sur la démission de Daniel Jennings, il estime que la MUS a fait preuve de défaillance dans l’exercice de ses responsabilités.
Se référant au parcours de Mars Bitout au sein de la MUS, il explique dans un entretien accordé au Délit : « Elle se sent fière d’être dans le MUS depuis trois ans, mais je ne suis pas sûr que ça soit une fierté. » Il accuse surtout l’association étudiante de favoritisme envers ses membres lors des élections et de pistonnage, favorisant une reproduction du leadership. « C’est toujours les mêmes qui se présentent, tous les ans. Je ne fais pas partie d’un groupe. Je suis là pour les étudiants, je ne suis pas là pour un CV. » Un dernier candidat, Nathaniel Fava, s’est désisté quelques jours avant l’ouverture du scrutin.
Un engagement incertain
Lors du débat organisé lundi 26 octobre, Mayeul Hardy s’est présenté en candidat antisystème par ses phrases courtes et sèches, qui ont suscité quelques rires moqueurs dans la salle, ainsi qu’une remise en question constante des intentions de l’exécutif actuel de la MUS. Quant à elle, Mars Bitout a misé sur le récit de son expérience et sur son programme poussé.
Le contexte de cette élection offre peu de certitude, y compris sur le taux de participation attendu. Certains étudiants de la Faculté de gestion sont décidés à se faire entendre. La quête de la stabilité au sein de l’exécutif ainsi que les rumeurs circulant autour de la démission de Daniel Jannings attirent le regard de plus d’un Deshautélien. « D’habitude, la MUS, je m’en fiche un peu, mais avec ce qu’il se passe, je pense que j’ai besoin de voter », confie Sacha Suadileyi, étudiant en troisième année.
Pour d’autres, les événements récents se traduisent en une désillusion et une perte de foi envers leur association étudiante. Reste à découvrir quel courant influencera le plus la communauté étudiante de la Faculté de gestion.




