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Cornell : Les fraternités au centre du débat

Deux ans après les faits, l’enquête criminelle a été rouverte.

Catvy Tran | Le Délit

Le 28 septembre 2026, l’enquête sur un viol collectif a été récupérée par le procureur du comté de Tompkins, Matthew Van Houten, dans l’État de New York. Les faits se sont déroulés en 2024 au sein de la fraternité Chi Phi. Des membres de la fraternité sont visés par une poursuite civile qui leur reproche d’avoir drogué et violé collectivement la plaignante, au nom d’emprunt de Jane Doe. 

À l’époque des événements, la plaignante avait signalé les faits à l’établissement, qui avait alors ouvert sa propre enquête. Cette dernière aurait notamment donné lieu à plus de 50 entretiens avec 32 personnes différentes. 

L’enquête s’est conclue par la suspension de sept étudiants, dont deux ont été expulsés de l’université. La section locale de la fraternité, Chi Phi Xi, a été fermée. L’affaire n’avait toutefois pas fait l’objet de poursuites pénales à l’époque, Jane Doe n’ayant pas déposé de plainte auprès des autorités. 

L’affaire a été relancée après que Jane Doe a intenté, le 16 septembre, une poursuite contre l’Université Cornell, lui reprochant notamment de ne pas avoir pris les mesures nécessaires contre les étudiants impliqués.

Selon la plainte, certains d’entre eux auraient notamment fait l’objet d’une suspension temporaire et eu « l’opportunité d’atténuer leur peine en rédigeant une dissertation d’excuses (tdlr) »; une accusation niée par l’Université Cornell. Le 28 septembre, le procureur du comté de Tompkins, Matthew Van Houten, a annoncé la réouverture de l’enquête. Cette décision remet au premier plan la question de la culture des fraternités universitaires américaines et de leur rapport aux violences sexuelles. 

Culture du viol sur les campus 

Les cas de viols dans les fraternités sont nombreux aux États-Unis. Selon une étude publiée en 2017 portant sur le sujet des violences sexuelles sur les campus universitaires, « Depuis l’entrée à l’université, 22 % des étudiants rapportaient avoir vécu au moins un incident d’agression sexuelle ».

Selon une autre étude datant de 2022, « 50 à 70 % des agressions sexuelles sur les campus universitaires » se faisaient dans le cadre de la consommation d’alcool.

La question se pose alors sur l’impact des dynamiques de groupe, des normes sociales, des politiques universitaires et du rapport à la masculinité dans certains milieux étudiants. La sociologue Elizabeth Armstrong montre dans une étude publiée en 2006 que « les dangers des violences sexuelles sont des conséquences non intentionnelles aux règles et normes qui régissent l’université ». Elle parle notamment du fait qu’aux États-Unis, « les fraternités constituent un des seuls fournisseurs d’alcool pour les étudiants ». Ces organisations sont alors mises en position de contrôle non seulement des biens alcoolisés, mais aussi de qui peut participer à leurs soirées. 

Dans une tribune parue dans le Guardian en 2014, la journaliste Jessica Valenti se demande s’il faut interdire les fraternités. Elle avance, à partir d’une étude menée auprès d’étudiants de première année dans une université américaine, que les membres commettaient trois fois plus de viols que les autres étudiants. 

Une problématique universelle 

Les violences sexuelles ne sont bien sûr pas uniquement propres aux États-Unis ni aux fraternités. Armstrong note bien que « ce qui distingue les fêtes de fraternités, c’est que la domination masculine qui s’y exerce est organisée, dotée de ressources et implicitement cautionnée par l’université. D’autres lieux de fête sont eux aussi organisés d’une manière qui favorise les hommes. »

Au Canada, l’affaire impliquant cinq anciens joueurs de l’équipe canadienne de hockey junior avait également suscité un important débat sur les violences sexuelles dans les milieux sportifs. 

Les joueurs, accusés d’agression sexuelle pour des faits survenus en 2018, ont été acquittés en juillet 2025. La juge avait conclu que leur culpabilité n’avait pas été démontrée hors de tout doute raisonnable. 

Bien que la culture soit différente ici à Montréal, avec seulement 2 % des étudiants mcgillois enrôlés dans une fraternité, quelques cas de violences sexuelles ont tout de même fait surface. À McGill, un cas similaire de viol collectif avait été révélé en 1988 ; il n’avait cependant donné aucun résultat judiciaire. 

Ce qui a marqué le cas de l’Université Cornell a été sa médiatisation fulgurante. De nombreuses célébrités, comme Florence Pugh et d’autres, ont fait circuler des posts et stories sur Instagram et l’histoire s’est vite répandue, avec notamment la création du slogan « It’s SA not essay » pour critiquer le manque de réaction appropriée de la part de l’Université. 

À Montréal, la fraternité Delta Kappa Epsilon de McGill a publié une story dénonçant et condamnant les actes des accusés de l’Université Cornell. 

Cette réaction témoigne de la manière dont une affaire locale peut rapidement dépasser l’ampleur de l’université et raviver des débats sociétaux sur les violences à caractère sexuel. 

L’existence de ces organisations étudiantes et des fraternités, endroits propices à ces types de crimes, est alors à questionner : ont-ils encore leur place au sein des universités ?


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