Pour commencer leur session, les étudiants du Collège LaSalle, un établissement collégial privé subventionné situé dans le centre-ville de Montréal, ont dû attendre une décision de justice. Le gouvernement québécois avait suspendu ses subventions depuis juin en raison des sommes qu’il lui réclame, compromettant la rentrée prévue le 27 août. Les cours ont finalement commencé le 4 septembre, après que le tribunal a ordonné la reprise des versements. Mais derrière ce retour à la normale, une question demeure : cette reprise marque-t-elle la fin de la crise ou un simple sursis ?
Le 3 septembre, le juge de la Cour supérieure Martin Castonguay a ordonné au gouvernement du Québec de verser les subventions prévues pour 2026–2027. Le ministère ne pouvait donc pas retenir une partie de cet argent pour récupérer les sommes qu’il réclame à l’établissement. Cette décision a permis aux 3 000 étudiant·e·s de commencer leurs cours dès le lendemain. Elle n’a toutefois pas effacé les dettes du collège ni réglé ses difficultés financières.
Une dette au cœur du conflit
Car la facture reste lourde : au 23 septembre, le gouvernement réclamait encore 47,2 millions de dollars. Près de 30 millions correspondent à des pénalités pour avoir dépassé les plafonds d’inscription dans des formations en anglais. Les quelques 17 millions restants concernent des subventions versées en trop, le nombre réel d’étudiants inscrits étant ces dernières années plus bas que le nombre ayant servi à calculer les subventions en début d’année. Le collège conteste les pénalités, qu’il juge disproportionnées.
Fin août, l’établissement a obtenu la protection du tribunal en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies. Cette procédure suspend temporairement les recours des créanciers. Elle donne à l’établissement le temps de négocier avec eux et de réorganiser ses finances sous la supervision du tribunal. Il s’agit donc d’une démarche visant à éviter que ses difficultés financières l’obligent à cesser ses activités.
Pendant ce temps, la foire aux questions publiée par le collège traduit des préoccupations étudiantes très concrètes : quand les cours commenceront-ils ? Que deviennent les frais déjà payés ? Un stage ou une diplomation pourraient-ils être retardés ? Par ailleurs, le 3 septembre, des étudiants ont manifesté devant le palais de justice de Montréal pour réclamer le début des cours. « On veut juste rentrer à l’école, donc laissez-nous faire », plaidait Camille Dorivilier-Schell, étudiante au collège, au micro de TVA Nouvelles. Difficile de se concentrer sur ses études quand son collège lutte pour rester ouvert.
Cours repris, avenir incertain
Le ministère de l’Enseignement supérieur s’interroge aussi sur l’utilisation des subventions. Selon une déclaration rapportée par TVA Nouvelles, les échanges d’argent entre le collège et les autres entités du même groupe rendent difficile la vérification de leur usage. Le directeur général du collège, Claude Marchand, affirme de son côté que les fonds publics n’ont pas été utilisés de façon inappropriée.
Le financement qui a permis la rentrée reste également un point de désaccord. Deloitte, le cabinet d’audit chargé par le tribunal de surveiller la restructuration financière du collège, indiquait dans son rapport du 22 septembre que le gouvernement québécois envisageait de contester la décision lui imposant de verser les subventions. Selon Deloitte, si ces versements étaient remis en cause, le collège pourrait ne pas maintenir ses activités.
Les étudiants ont donc retrouvé leurs salles de classe, sans que les problèmes financiers aient disparu. La reprise répond à l’urgence de septembre ; la restructuration doit encore apporter une solution durable. Derrière les millions réclamés et les démarches judiciaires, pour les 3000 étudiant·e·s, l’enjeu reste simple : pouvoir poursuivre leurs études sans que l’avenir de leur établissement devienne une inquiétude de plus.




