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Iran : le réveil du Lion et du Soleil

Une lutte courageuse menée malgré la répression.

Catvy Tran | Le Délit

Lors de leur match d’ouverture à la Coupe d’Asie le 2 mars 2026, les joueuses de soccer de l’équipe iranienne se sont tenues droites et silencieuses pendant l’hymne de la République islamique d’Iran. Leur silence a retenti à travers le monde comme un rugissement de défi. Il s’agissait d’un acte politique risqué qui pouvait leur valoir l’exécution à leur retour au pays. L’Australie a depuis offert l’asile politique aux joueuses dont les familles se voient maintenant menacées d’être prises en otage par le régime. 

Une contestation marquée 

Le geste des joueuses n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une longue histoire de contestation du peuple iranien contre son gouvernement, dont les femmes comptent parmi les sujets les plus opprimés. Le clergé au pouvoir impose notamment le port obligatoire du voile, le non-respect duquel peut mener à la prison, à la flagellation, voire à la peine de mort. Malgré ces risques et les violences qu’elles subissent, les femmes iraniennes ont toujours été à l’avant-plan de l’opposition.

Le mouvement Femme, Vie, Liberté, déclenché en septembre 2022 après la mort de Mahsa Amini (22 ans), décédée à la suite de son arrestation par la police des mœurs pour un voile jugé mal porté, a été l’un des contestations les plus importants en Iran depuis la révolution de 1979. Les femmes iraniennes menaient les manifestations, découvraient leurs cheveux, dansaient et chantaient dans les rues : des actes blasphématoires qui avaient mené à une répression sanglante.

La situation aujourd’hui

Plus récemment, en décembre dernier, le peuple s’est soulevé pour contester le coût de la vie devenu insoutenable à la suite de la chute de la devise iranienne, due notamment à l’accaparement et à la mauvaise gestion des ressources par un gouvernement rongé par la corruption. Arborant le drapeau du Lion et Soleil, devenu symbole de l’identité nationale et du sécularisme, les protestataires réclamaient la fin du régime clérical. Les 8 et 9 janvier, le régime a ordonné à ses troupes d’ouvrir le feu sur les manifestants pacifiques avec des armes d’assaut. On estime que plus de 30 000 manifestants ont été tués. L’État iranien exigeait des familles une somme de 700 millions à 1 milliard de tomans (6800 à 9500 dollars dollars) pour la dépouille de leur proche une rançon d’autant plus révoltante dans un contexte économique précaire. 

Quarante jours après les massacres – une étape importante du deuil dans la tradition chiite – les familles iraniennes rompent le fil du récit. Elles refusent de pleurer leurs proches. Dans un geste de réappropriation, elles transforment les funérailles en célébrations défiantes, faisant de la musique et de la danse – des pratiques proscrites en Iran – leur langage de contestation. Les endeuillés se dissocient ainsi de l’État et de l’idéologie qu’il promeut. « Au lieu de lamentations religieuses, le peuple chante ; au lieu de religion, il parle de patrie ; et au lieu de martyrs, il appelle ses victimes javid-nam – ceux et celles dont le nom est éternel », explique Mohammad-Javad Akbarin, un dissident iranien spécialiste de l’Islam.

Au vu de l’échec des soulèvements populaires à faire changer les choses, bon nombre d’Iraniens à l’intérieur et à l’extérieur du pays ont placé leurs espoirs dans une intervention militaire étrangère. On les a vus jubiler à l’annonce de la mort du guide suprême Ali Khamenei dans les frappes israélo-américaines le 28 février. Aujourd’hui, ils sont traversés de sentiments mitigés : la peur face au quotidien de la guerre et l’espoir à l’idée que le joug de la République islamique, après 47 ans de terreur, se relâche enfin.


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