Le 14 janvier dernier, François Legault a annoncé sa démission en tant que premier ministre du Québec, à la surprise générale. Malgré la chute de popularité de la Coalition Avenir Québec au cours des derniers mois, le chef caquiste avait répété son intention d’être présent aux prochaines élections provinciales, le 5 octobre 2026. Brisant sa promesse, Legault a affirmé en conférence de presse que sa décision de quitter son poste était « pour le bien de [son, ndlr] parti et surtout, pour le bien du Québec ». Il restera en poste jusqu’à ce qu’un remplaçant soit désigné.
Un avenir incertain pour la CAQ
La démission de François Legault succède à plusieurs autres départs au sein du parti.. Depuis un an et demi, de nombreux députés caquistes ont quitté leur poste, laissant derrière eux l’image d’un parti désorganisé. Pour la plupart, le choix de quitter la CAQ est lié aux crises qui ont récemment affligé le parti. La récente altercation avec les médecins concernant la loi 2 a entraîné la démission de Lionel Carmant et de Christian Dubé, deux ministres caquistes et amis proches de François Legault. Le fiasco entourant SAAQclic a pour sa part mené au départ du ministre Éric Caire et a affaibli la posture de Geneviève Guilbault. Cette dernière, qui a longuement occupé le poste de vice-première ministre, a d’ailleurs annoncé qu’elle quitterait la vie politique après son mandat actuel, tout comme Sonia Lebel. La CAQ a perdu plusieurs de ses députés depuis 2024 et d’autres annoncent déjà leur départ aux prochaines élections provinciales.
La course à la chefferie de la CAQ ne compte pour l’instant que deux candidats : Bernard Drainville et Christine Fréchette. Bien que la tâche s’annonce ardue pour le prochain chef caquiste, les désistements récents au sein du parti pourraient jouer en faveur de la CAQ. Éric Bélanger, professeur de politique canadienne et québécoise, explique que « ces départs permettent au prochain chef de renouveler la députation caquiste », et qu’un vent de changement pourrait permettre à la CAQ de regagner la confiance des électeurs.
L’héritage de Legault
La démission de François Legault signifie le départ d’un politicien qui a marqué la province. Ses deux mandats comme premier ministre ont été définis par ses politiques sur la laïcité, l’économie, la santé et l’immigration. Après avoir gouverné le Québec sans vaciller durant la COVID-19, la carrière de Legault a cependant été teintée par certains projets de la CAQ, en particulier le chantier Northvolt, le troisième lien, le fiasco SAAQclic et la récente loi 2 sur les médecins. Au-delà de ses projets politiques, la CAQ de François Legault s’est illustrée dans la vie politique provinciale, puisque son arrivée au pouvoir en 2018 a succédé à plusieurs décennies d’alternance entre le Parti libéral et le Parti québécois. La nouvelle ère caquiste a ainsi atténué le débat souverainiste incarné par ces deux partis traditionnels.
Des résultats imprévisibles à l’élection d’octobre 2026
Le départ de Legault et le déclin en popularité de son parti depuis plusieurs mois semblent annoncer que la CAQ subira de lourdes pertes aux élections provinciales. Les sondages indiquent en effet que le nombre de députés caquistes diminuera grandement en octobre, et que le PQ sera le parti élu à la tête de la province. Cependant, Éric Bélanger invite à la prudence par rapport aux prédictions électorales : « On se trouve dans une période très incertaine, tout peut arriver. » Il souligne notamment que la promesse du PQ de tenir un troisième référendum pourrait faire hésiter plusieurs électeurs et les inciter à se tourner vers des partis fédéralistes, comme le PLQ ou même la CAQ. Ainsi, on pourrait assister à un retour en force du parti grâce à la question référendaire. Bélanger explique effectivement que « se présenter comme l’alternative non souverainiste […], ça pourrait inciter [les électeurs fédéralistes] à reconduire la CAQ au pouvoir ». L’issue de l’élection provinciale est encore impossible à déterminer, et le départ de François Legault est loin d’annoncer la fin de son parti.



