Après le franc succès de son premier livre, Le compte est bon, Louis-Daniel Godin revient en force avec la publication de Cindy_16 en octobre 2025.
Derrière la plume
Louis-Daniel Godin est un jeune auteur émergent dans la littérature québécoise. Professeur de création littéraire à l’UQAM, son premier livre Le compte est bon a été nommé pour de nombreux prix en France et au Canada. L’auteur a notamment reçu le prix Ringuet en 2024, décerné par l’Académie des lettres du Québec. S’inspirant de la psychanalyse dans ses textes, sa plume est reconnue pour recréer la trajectoire libre et vagabonde de la pensée humaine. Bien qu’on puisse y percevoir des échos de Proust, Louis-Daniel Godin met de l’avant une voix qui lui est propre.
Le roman en bref
Lorsque le narrateur apprend la mort de Marc-Alain dans le journal, il se met à rédiger cette histoire datant de vingt ans. Qui est Marc-Alain ? À l’époque, c’est un homme de trente-sept ans, le premier partenaire du narrateur, alors âgé de dix-sept ans. Bien après leur rupture, Marc-Alain est envoyé en prison et accusé de nombreux crimes sexuels, l’un d’eux étant d’avoir utilisé le pseudonyme « Cindy_16 » pour leurrer de jeunes adolescents. Le roman revient sur cette période complexe de la vie du narrateur. Connaissait-il la vraie nature de son partenaire ? Était-il lui-même une victime ? L’auteur se promène dans sa mémoire avec « deux pas en arrière et trois pas en avant, en espérant arriver quelque part ».
Ce n’est pas une suite à son livre Le compte est bon, mais plutôt une continuation de l’introspection de l’auteur et du travail de sa mémoire. On retrouve tout de même plusieurs références à son premier livre ; l’auteur constatant que le compte n’est pas bon, qu’une dissonance persiste, appelant à une reprise de l’écriture.
« Cindy_16 est un roman bouleversant, mais profondément mémorable. C’est un texte qui dresse un portrait complexe de la relation amoureuse »
Écrire pour déconstruire la honte
Cindy_16 a une narration plutôt unique. Le roman se déploie en trois pronoms narratifs. L’auteur le met de l’avant dès les premières pages de son livre : « Il faut raconter au “on” ce qu’on n’arrive pas à raconter au “je”. Il faut parfois dire “nous” au lieu de “soi”. Il faut y aller comme ça vient, trouver les mots pour le dire. » Cette multiplicité des pronoms narratifs exprime à la fois une mise en distance pour se protéger, un désir d’aller jusqu’au bout de l’introspection et l’acceptation de sa propre vulnérabilité. L’auteur crée sa propre voix narrative et se lance dans l’exploration de cette période de sa vie pour déconstruire petit à petit la honte y étant associée.
La force de l’écriture réside dans l’identification qu’elle produit chez le lecteur. Autant dans la forme que dans le contenu, Louis-Daniel Godin fait preuve d’une grande authenticité dans son roman. Comme il l’explique lors d’une entrevue avec le journal Urbania : « On écrit souvent à partir de notre petite affaire qui nous apparaît unique […]. Si un livre résonne et que d’autres gens s’y retrouvent, ça me fait plaisir. Ça me confirme que c’était pas juste ma petite affaire ». Son nouveau roman s’inscrit dans cette continuité, transformant un récit intime en un récit collectif. Comme dans Le compte est bon, plusieurs lecteurs pourront se reconnaître dans ce qui n’était qu’au début qu’une « petite affaire ».
Cindy_16 est un roman bouleversant, mais profondément mémorable. C’est un texte qui dresse un portrait complexe de la relation amoureuse. En jouant entre les lignes du toxique et du sain, de l’absence et du silence, de la fiction et de la réalité, de la victime et du témoin, Godin aborde la honte sous ses multiples formes. Ce sentiment se dresse comme un personnage à la fois invisible et omniprésent, guidant la progression du texte. Le livre agit comme un processus de libération du fardeau qu’est cette honte. Le sentiment continue d’habiter le lecteur bien après la dernière page.



