J’ai de l’espoir, parce qu’en réalité, je pense qu’on ne le perd jamais vraiment », dit Maria de Lourdes Fermin Miranda, réfugiée politique vénézuélienne installée au Québec. Elle traverse une période d’attente prudente depuis l’été 2025, coïncidant avec l’intensification des pressions américaines sur le Venezuela.
Arrivée en 2016, Maria, aussi appelée Malula par les personnes qu’elle côtoie au Québec, n’est jamais retournée dans son pays. Ferme opposante du régime depuis l’époque de Hugo Chávez, elle a choisi de quitter le Venezuela après que sa fille a été blessée par une bombe lacrymogène lors d’une série de manifestations en 2014.
Dans la nuit du 3 janvier 2026, l’opération américaine « Absolute Resolve » a été menée sous les ordres du président Donald Trump afin de capturer Nicolás Maduro et sa femme, Cilia Flores. Au pouvoir depuis presque 13 ans, Maduro est accusé d’avoir transporté des tonnes de cocaïne vers les États‑Unis et d’avoir collaboré avec des groupes terroristes. Le couple est actuellement détenu au Centre de détention métropolitaine de Brooklyn et a depuis plaidé non coupable. Bien que l’intervention du président Trump soit dénoncée par plusieurs gouvernements comme une violation du droit international, elle a été accueillie par Maria avec soulagement et joie : elle raconte avoir fêté l’événement en ouvrant une bouteille de champagne. Après près de 26 années marquées par la peur, Maria apporte son soutien aux mesures prises par le gouvernement américain et son président.
« C’est le diable dont on ignorait avoir besoin »
D’autres membres de la diaspora partagent également ce mélange d’espoir et de surprise. Eros Greatti est arrivé bien avant la révolution bolivarienne lancée par Chávez en 1999. Il ne se doutait pas, en quittant son pays, que les bouleversements politiques l’empêcheraient d’y retourner. Bien qu’il ne soutienne pas Trump, il se dit également heureux des derniers événements qui ont secoué son pays d’origine : « C’est le diable dont on ignorait avoir besoin (tdlr). »
Pour autant, le ressenti des Vénézuéliens à Caracas est nuancé : d’importantes manifestations ont eu lieu dans la capitale en soutien à Nicolás Maduro, réclamant sa libération, tandis que des universitaires et des familles ont appelé à la libération de prisonniers politiques encore détenus dans le pays.
La porte-parole du Haut Commissaire des Nations Unies, Ravina Shamdasani, a fait valoir que l’action de la part des États-Unis a compromis « la sécurité de tous les États à travers le monde ». « Loin d’être une victoire pour les droits humains, cette intervention militaire, qui contrevient à la souveraineté du Venezuela et à la Charte des Nations Unies, affaiblit l’architecture de la sécurité internationale… Et c’est un point que le Secrétaire général a également souligné », ajoute-t-elle.
Rappelons que depuis 2014, 7,9 millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays, ce qui équivaut à 23 % de la population. Il s’agit du plus grand exode de l’histoire récente de l’Amérique latine et l’une des plus grandes crises de déplacement de population au monde. Alors que Maduro reste détenu et que le Venezuela continue de traverser cette tempête politique, la diaspora observe : pleine d’espoir, mais consciente que l’avenir reste imprévisible.



