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Une résurgence culturelle chez les jeunes québécois ?

L’évolution des modes de consommation de la culture québécoise.

Catvy Tran | Le Délit

S’agit-il des jeunes qui ne s’intéressent plus à la culture québécoise, ou de la culture québécoise qui ne s’intéresse pas aux jeunes ? Il n’est pas inhabituel de lire dans les journaux que les moins de 30 ans n’ont pas d’intérêt pour l’industrie culturelle du Québec : ils n’écoutent pas la radio québécoise, regardent de moins en moins la télévision d’ici et surtout, ne chérissent plus la langue française comme on le faisait avant. Pourtant, ces jeunes sont aussi ceux chez qui le mouvement souverainiste prend aujourd’hui le plus d’ampleur. 56 % des Québécois entre 18 et 34 ans se disent en faveur de l’indépendance du Québec. Or, il n’est pas surprenant que ce résultat fasse sourciller certains, compte tenu des reproches formulés à l’égard des jeunes quant à leur rapport à la culture québécoise. 

Comme l’a demandé Guy A. Lepage lors du passage à Tout le monde en parle de Lou-Adriane Cassidy, Kinji00 et Maire de Laval : « Comment on peut être souverainiste et [ne] pas s’intéresser à sa propre culture ? » 

Il devient alors essentiel de décortiquer cette interrogation. En prenant du recul, on réalise que le phénomène n’a rien de récent. Partout dans le monde et à travers les époques, l’être humain éprouve un certain malaise à l’idée de se départir de la tradition. Je suivais, à l’automne dernier, un cours portant sur la littérature française d’avant 1800. Figurez-vous que nous assistons présentement à des dilemmes similaires à ceux de la Renaissance. 

« 56 % des Québécois entre 18 et 34 ans se disent en faveur de l’indépendance du Québec »

Cette période, marquée par une dispute portant le nom évocateur de la « querelle des Anciens et des Modernes », a divisé l’univers culturel en deux camps. D’un côté se positionnaient les « Anciens » qui présentaient l’Antiquité comme le summum de la culture ; de l’autre se trouvaient les « Modernes », qui acclamaient les réussites antiques, certes, mais accordaient également une grande importance aux succès de leur époque. 

À mon sens, nous sommes aujourd’hui confrontés au même enjeu. Lorsque Lepage s’inquiète de voir la jeunesse « délaisser » la culture québécoise, c’est peut-être car sa définition de cette dernière n’est pas la bonne. Et s’il était temps de reconnaître que le franglais fait bel et bien partie des pluralités du langage québécois qui évolue, au même titre que les mots créoles ou arabes ? Que la place accordée aux chanteurs émergents, aussi avant-gardistes soient-ils, n’est pas nécessairement futile et anodine ? Que les canaux de diffusion, tels qu’Instagram et TikTok, enregistrent bel et bien une montée des publications souverainistes et ce, même si on ne parle que d’un simple « fit check » à l’emblème de la fleur de lys ou d’un mème souverainiste ? 

Les jeunes accordent certes moins d’attention que les générations antérieures à ce que leur proposent la radio ou la télévision. Toutefois, ces données sont-elles réellement révélatrices de la consommation culturelle des jeunes, ou témoignent-elles simplement de l’évolution des modes de consommation de la culture ? 

Bien qu’ils n’en n’aient pas encore analysé l’ascension exacte, plusieurs membres du OUI Québec disent avoir remarqué une forte augmentation du nombre de personnes présentes à leurs événements. Autrement dit, loin de se désintéresser du Québec, les jeunes semblent plutôt redéfinir les formes par lesquelles ils s’engagent culturellement et politiquement.


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