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Trop d’infos

Cultiver son environnement médiatique.

Toscane Ralaimongo

L’année vient tout juste de commencer et on n’a déjà plus assez de doigts pour compter les mauvaises nouvelles de 2026. Évidemment, il est normal que les médias rapportent davantage d’informations à connotation négative ; elles sont plus souvent porteuses d’intérêt public. Elles prennent toutefois une place démesurée dans nos cerveaux, machines exceptionnelles, mais exceptionnellement sous-adaptées à la quantité d’informations qu’on reçoit chaque jour. 

Je ne souhaite pas rentrer dans l’aspect scientifique de tout ça, même s’il est fascinant. Pour illustrer grossièrement le biais de négativité du cerveau humain, prenons l’exemple suivant : si je marche dans la forêt et que je vois sur mon chemin un carcajou et un milliard de magnifiques marguerites, malgré la beauté et l’abondance des fleurs, mon cerveau va allouer davantage de ressources pour traiter l’information qui a rapport au carcajou, puisque ma vie est potentiellement en danger. C’est très simplifié, mais je suis certaine que vous comprenez où je veux en venir : une mauvaise nouvelle peut facilement prendre le dessus. Et une multitude de mauvaises nouvelles peuvent rapidement devenir écrasantes. 

Ce biais nous a longtemps aidés à survivre, et est sûrement encore utile, mais un effet secondaire est apparu avec l’augmentation de l’accessibilité à l’information, notamment grâce à Internet : un excès d’informations négatives. 

Je ne suis pas lectrice de nouvelles à temps plein ; les informations que mon cerveau traite ne se limitent pas à cela. Je suis étudiante, éditrice, amie, sœur, fille. J’ai, comme vous, des lectures, des notes à prendre, des textos auxquels répondre, des responsabilités, des préoccupations… Quand on y ajoute les nouvelles, ça devient rapidement épuisant mentalement. 

Les médias ont un pouvoir réel d’influence sur la société. Une enquête qui dévoile les mauvaises conditions de vie dans les CHSLD peut, par exemple, mener à de réels changements qui améliorent la vie des résidents. Pourtant, tout le monde ne devrait pas prendre sur soi le devoir de changer le monde et la charge émotionnelle qui vient avec. 

Je suis d’avis que tout le monde a le pouvoir de faire quelque chose, même pour un enjeu à des milliers de kilomètres de soi, mais essayer sans succès de combattre ne fait que mener à un sentiment d’anxiété, d’impuissance, d’épuisement, de détachement et au pessimisme qui finit par nuire plutôt qu’aider. Je pense que, pour remédier à ce problème, sans arrêter de s’informer, on doit cultiver une littératie médiatique. Une bonne littératie médiatique ne permet pas seulement de faire la distinction entre les vraies et les fausses nouvelles. 

Elle contribue aussi à atténuer certaines réactions émotionnelles excessives, en plus d’aider à comprendre leur utilité. 

« Une bonne littératie médiatique ne permet pas seulement de faire la distinction entre les vraies et les fausses nouvelles. Elle contribue aussi à atténuer certaines réactions émotionnelles excessives, en plus d’aider à comprendre leur utilité »

Par exemple, la manière dont l’information est présentée a un énorme impact sur notre réaction. L’émotion n’est pas la même en lisant l’annonce de la mort de George, six ans, yeux bleus, qui aimait l’école et laisse ses parents dans le deuil, qu’en lisant « l’opération américaine a fait 100 morts ». Lire les nouvelles ne suffit pas pour remplir son devoir de citoyen ; il faut comprendre ce qu’on nous dit, mais surtout, comment on nous le dit. 

Ma résolution de 2026 est d’avoir une meilleure hygiène dans ma consommation de nouvelles. Quand j’avais discuté d’éco-anxiété avec l’humoriste Dhanaé A. Beaulieu, il m’avait expliqué qu’il y faisait face en plantant des arbres sur le terrain de sa coopérative d’habitation. Je n’ai pas la réponse au problème de la surdose d’informations, mais je pense que l’action concrète à petite échelle peut aussi aider. 

Cette session, je plante un arbre sur le terrain de la section « Opinion ». Je remets plus que jamais en question nos manières de consommer l’information, de penser, de poser nos questions, de vivre en société et de prendre soin de notre environnement (médiatique, naturel, politique, etc.). 

Chaque éditeur de la section « Opinion » a son angle et son style particulier. Je serai assurément moins incendiaire qu’Antoine : mon opinion la plus provocante de la session sera, peut-être, qu’on n’a pas nécessairement besoin d’une opinion tranchée pour écrire en « Opinion ». Mais, comme lui, je vous encourage fortement à contribuer à la section. « Écrivez, ça déniaise », comme il l’a dit. La section est aussi ouverte à vos positions les plus fermes, tant qu’elles sont basées sur des faits et qu’elles respectent les principes de non-discrimination du Délit, évidemment.

C’est loin d’être mon premier article au Délit, mais c’est mon premier article en « Opinion » et je dois avouer que c’est un peu un saut dans le vide. C’est intimidant de dire ce que l’on pense, sans le bouclier de l’objectivité (du moins tentée, aussi bien qu’on le peut). C’est aussi libérateur et un excellent exercice de confiance en soi. 

Cette session, je vous propose une résolution : osez franchir le pas de lecteur à contributeur, et prenez la place à laquelle vous avez droit au sein des pages de votre journal.


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