D ans la nuit du 3 janvier 2026, les États-Unis ont mené une opération militaire sur le sol du Venezuela. De premières frappes se sont fait entendre dans Caracas à deux heures du matin. Une fois plusieurs infrastructures de défense démantelées, les forces spéciales américaines de l’unité Delta, appuyées par l’intelligence de la CIA, ont capturé le président vénézuélien Nicolás Maduro, ainsi que sa femme, Cilia Flores. Ces derniers ont ensuite été rapatriés sur le territoire américain et font désormais face à des charges criminelles pour trafic de cocaïne, ainsi que pour collaboration avec des groupes terroristes. L’opération, appelée « Absolute Resolve », aurait fait 100 morts civiles et militaires selon le gouvernement vénézuélien. Les actions de l’administration Trump, réalisées sans le soutien formel de la Chambre des députés, sont critiquées pour leur légalité, leurs motivations, ainsi que leurs conséquences domestiques et géopolitiques.
Un contexte déjà tendu
Si l’hémisphère occidental s’est réveillé ce matin-là surpris par la nouvelle de l’opération, celle-ci se profilait à l’horizon depuis quelques semaines déjà. En effet, depuis août 2025, l’armée américaine renforce son dispositif militaire dans les Caraïbes. Depuis septembre, l’administration Trump ordonne des frappes sur des bateaux suspectés de narcotrafic en provenance du Venezuela. Malgré la légalité contestée de ces actions, D.C. continue l’escalade en saisissant des navires transportant du pétrole vénézuélien sanctionné, à partir du 10 décembre. Pour consolider la présence américaine dans la région, les États-Unis signent, le 15 décembre, un accord avec Trinidad et Tobago afin que l’armée puisse utiliser les infrastructures aéroportuaires au large du Venezuela.
Le pic de l’engagement américain est atteint lors de l’intervention militaire dans le cadre de l’opération Absolute Resolve. Au-delà des litiges géopolitiques et juridiques, l’opération est un succès militaire pour la puissance. Sans aucune perte humaine, l’armée américaine s’est infiltrée dans un pays lourdement défendu et a exfiltré son président, le tout en moins de deux heures et demie. Dans un entretien avec Le Délit, Juan Pablo Luna, professeur de sciences politiques à McGill, spécialiste de l’Amérique latine, note « l’effet de démonstration (tdlr) » qui permet aux États-Unis de « définir les attentes américaines » pour la région.
Des motivations contestées
Reste à connaître les véritables motivations derrière l’opération américaine, alors que Donald Trump avait candidaté sur une plateforme de non-interventionnisme en 2024. Après plusieurs engagements militaires portés, notamment en Iran et en Syrie, l’administration semble avoir fait demi-tour sur cette politique. Le Venezuela incarne plusieurs aspects de la politique internationale de la Maison-Blanche. La république bolivarienne possède notamment la plus grande réserve de pétrole du monde, avec plus de 300 milliards de barils, soit près d’un cinquième du total mondial. Si les intérêts économiques américains étaient dissimulés dans ses interventions militaires passées, le président businessman n’a pas caché ses ambitions d’exploitation de l’or noir vénézuélien. Il cite d’ailleurs comme justificatif « les infrastructures pétrolières gravement endommagées. [On va] commencer à générer des profits pour le pays ».
“Dans la défense de l’intervention par la Maison-Blanche, on trouve par ailleurs la question du narcotrafic. Les accusations criminelles envers Nicolás Maduro montrent bien l’intention de l’administration Trump de combattre le trafic de drogue sur le continent américain ; cependant, certaines critiques soulignent une hypocrisie du président. En effet, ce dernier avait pardonné Juan Orlando Hernandez, ex-président hondurien, pour des crimes similaires, le 1er décembre. Cette grâce semble contredire la véracité des motivations de l’opération. Luna explique que « pour les États-Unis, le trafic venant du Venezuela n’est pas la priorité dans le combat contre le narcotrafic. D’autant plus que le trafic s’est déplacé vers l’Équateur depuis que la dégradation des relations entre les États-Unis et le Venezuela s’accélère ». Quant à lui, Maduro a plaidé son innocence devant un tribunal de New York, où il a rappelé qu’il était encore président de son pays.
« Nous vivons dans un monde, le vrai monde, qui est gouverné par la force, par le pouvoir ! »
Stephen Miller, conseiller américain à la sécurité nationale
Enfin, vis-à-vis des enjeux internationaux, le Venezuela joue un rôle singulier en tant qu’allié de la Russie et de l’Iran. Maillon faible de cette coalition non officielle, il offre une alternative à l’hégémonie régionale américaine dans l’hémisphère occidental.
Aucune de ces raisons ne semble convaincre la majorité des Américains sur la nécessité de cette intervention. Selon un sondage Ipsos pour Reuters, seulement 33 % du pays y est favorable.
Un avenir incertain
Si l’opération est un succès pour la Maison-Blanche, elle plonge la région et la communauté internationale dans une période de doute. Au Venezuela, la confusion règne autour de la succession à la présidence et la direction générale du pays. Si Trump a annoncé son intention de « diriger [lui-même] le pays », la nation sud-américaine continue pour le moment d’être dirigée par le parti de Nicolás Maduro. Sa vice-présidente et présidente par intérim, Delcy Rodriguez, se trouve désormais dans une position compliquée. Elle doit à la fois affirmer son soutien pour celui qu’elle considère encore président, tout en évitant de se mettre les États-Unis à dos. À noter que la crise politique précède l’intervention américaine. Les élections présidentielles de 2024 ont vu Maduro maintenir sa présidence, malgré un scrutin contesté et une légitimité électorale remise en question. Sa présidence n’est pas reconnue par la majorité de la communauté internationale. Au-delà des frontières vénézuéliennes, l’intervention américaine se range dans la continuité de leur politique internationale, tout en y marquant un tournant. L’héritage de la doctrine Monroe, initialement conçue par les États-Unis comme une politique anticoloniale, se voit détournée comme justificatif d’interventionnisme. Dans sa réinvention trumpienne, la « doctrine Donroe », est pour Luna « un retour idéologique de Manifest Destiny », la politique d’expansionnisme et de mise en place de la sphère d’influence américaine du 19e siècle. Il explique que « l’opération Absolute Resolve ouvre la porte à un interventionnisme croissant ». Par exemple, « Trump n’a pas dissimulé son rôle dans les élections de mi-session en Argentine, ainsi que dans la politique économique du pays ». Cette évolution dans l’exercice de la diplomatie américaine montre le réalisme d’une certaine branche de l’administration Trump, pour qui la force brute définit la hiérarchie internationale.
Notamment, le conseiller proche du président, Stephen Miller, s’est exprimé sur CNN, affirmant : « Nous vivons dans un monde, le vrai monde, qui est gouverné par la force, par le pouvoir ! » Pour Luna, c’est cette vague idéologique qui est derrière l’opération américaine, cette dernière étant « symptomatique de la dégradation des normes internationales post-1945 ».
Plusieurs critiques craignent que ce réalisme légitime les actions de la Russie en Ukraine, ou habilite la Chine dans ses ambitions taïwanaises, ouvrant ainsi des questions autour de la garantie du droit international. L’opération Absolute Resolve établit donc la nouvelle fermeté américaine dans l’hémisphère occidental, tout en invitant plusieurs interrogations sur l’avenir des relations internationales.



