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Coalition contre la crise du logement

Le squat politique, un symbole de la lutte contre la hausse des loyers.

Catvy Tran | Le Délit

Statistique écœurante : entre 2019 et 2025, les loyers à Montréal ont bondi de 71 %. Comment expliquer cette spirale inflationniste aux répercussions importantes sur le pouvoir d’achat ? D’après le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ), cette crise est ni un fait isolé, ni un fait divers, mais bien un phénomène multiforme, et surtout politique. 

C’est en vue de ce constat que le groupe s’est mobilisé le 28 septembre dernier pour faire entendre ses revendications par moyen d’une action citoyenne inédite à Montréal depuis 2001 : un squat politique. Durant cet événement hautement médiatisé, quinze militant·e·s ont occupé un triplex vacant dans le quartier de Côte-Saint-Paul en marge des élections provinciales, avant d’être expulsé·e·s par le Service de police de la Ville de Montréal quatre jours plus tard. 

En solidarité avec les habitants du quartier, Noémie Beauvais, organisatrice communautaire au sein du RCLALQ, nous raconte le récit d’une action collective se voulant perturbatrice, faite à visage découvert et dans un but clair : appeler le gouvernement à agir contre la hausse des loyers. Mais, avant de nous plonger dans le cœur de l’actualité, Beauvais fait le point sur les causes structurelles de la crise. 

Tout d’abord, elle souligne un enjeu critique : la financiarisation du bien logement. Elle déplore la « logique de marchandisation », qui produit une « [incitation à] monter les prix ». S’ajoute à cela une trend, c’est-à-dire surenchère culturelle, qui incite à « flipper » (rénover pour revendre à un prix plus élevé) de l’immobilier pas cher. Sous ce régime de normalité, le logement passe d’un bien d’usage à un bien d’échange, qu’on appelle ironiquement « immobilier ». Quand de grands fonds d’investissement et des individus en quête d’argent facile s’emparent de cette norme économique, le marché se soumet à la spéculation et n’est plus gouverné par la demande économique. 

« Elle déplore la “logique de marchandisation”, qui produit une “[incitation à] monter les prix”. S’ajoute à cela une trend, c’est-à- dire surenchère culturelle, qui incite à “flipper” (rénover pour revendre à un prix plus élevé) de l’immobilier pas cher »

Dans un contexte Airbnb,la plateforme de location pour les particuliers, exclut de plus en plus de logements du marché locatif, la raréfaction des logements abordables accompagne l’augmentation artificielle de la demande. Le tout fait augmenter le prix du logement, et donc les loyers des habitants de Montréal. Face à la crise, le Tribunal administratif du logement du Québec s’est montré, selon la RCLALQ, faible ou, du moins, mal équipé. Manque de moyen ou manque de volonté, le débat reste ouvert, mais le constat, lui, est clair : « La population en a ras-le-bol. » 

C’est donc dans cette perspective que s’est déroulé le squat du 28 septembre. Au-delà de la pression politique que l’action génère, ce qui a marqué les esprits des participants a été la solidarité qu’ont montrée les habitants de Montréal, nous explique Beauvais. D’après cette dernière, des petits gestes comme des livraisons de nourriture ou même d’une toilette montrent que « les gens sont prêts à des actions un peu plus créatives et dérangeantes ». 

L’appui populaire, l’aide mutuelle et la résistance pacifique sont des moyens de signaler l’ampleur de la crise. Pour être efficace, le mouvement doit porter un changement politique concret. C’est ainsi que le RCLALQ propose une première mesure tangible et accessible au gouvernement : un registre des loyers efficace et transparent – un premier pas vers la réduction du rapport de force entre propriétaires et locataires. 

La crise du logement à McGill 

À l’Université McGill, la crise du logement est ressentie de manière variée au sein de sa population étudiante. 

Pour Malika Logossou, étudiante à la maîtrise en science politique à l’Université McGill, le prix des logements la décourage de trouver un appartement près du campus. 

Résidant sur la Rive-Sud de Montréal, près de Mercier, elle met environ une heure et quart pour se rendre sans trafic au campus. Avec le barrage de la voie de gauche du pont Mercier en direction de Montréal la semaine dernière, elle était forcée de partir jusqu’à deux heures trente avant son cours de 8 h 30 si elle voulait éviter le trafic de l’heure de pointe. 

« L’appui populaire, l’aide mutuelle et la résistance pacifique sont des moyens de signaler l’ampleur de la crise »

Ce long trajet nuit quelque peu à son expérience universitaire : « Je me retiens parfois de participer à certaines activités ou de suivre certains cours qui m’intéressent en raison de leur horaire et du trafic aux heures de pointe. » 

Malgré ces déplacements éreintants, elle n’envisage pas de s’installer plus près du campus. La crise du logement la dissuade « de vouloir y déménager dans un avenir proche lorsqu’[elle] voi[t] ce qui se passe aux nouvelles, notamment le manque de logements, leurs prix et les expériences de [s]es amis qui habitent à Montréal ». 

En revanche, Andalus Disparate, étudiante internationale au baccalauréat en science politique et en histoire à l’Université McGill, ne se dit pas particulièrement affectée par la crise du logement. Sa recherche d’appartement à Montréal s’est faite sans embûches : « J’ai […] trouvé mon appartement sur Facebook Marketplace, où il y a beaucoup d’appartements [qui ciblent] spécifiquement […] les étudiants de McGill et de Concordia (tdlr). » 

Sans le vouloir, cette dynamique s’inscrit dans un phénomène de studentification (« étudiantisation »), une forme de gentrification entraînée par l’arrivée d’étudiants collégiaux ou universitaires dans un secteur. Ces derniers font généralement grimper la demande, ce qui incite les propriétaires à augmenter les prix des loyers. Cela a pour effet de modifier la composition économique et socioculturelle du quartier : dans ce contexte, les habitants qui y vivaient précédemment sont fréquemment aux prises avec des déserts alimentaires et commerciaux, et beaucoup finissent par devoir quitter le quartier. Les étudiants contribuent ainsi, vraisemblablement sans le vouloir, à la crise du logement. 

« Elle était forcée de partir jusqu’à deux heures trente avant son cours de 8 h 30 si elle voulait éviter le trafic de l’heure de pointe »

Toutefois, selon Andalus, la réalité des étudiants internationaux n’est pas sans obstacles : « Les étudiants internationaux sont désavantagés par leur manque de connexions et, souvent, par leur manque de famille au Canada. Cela rend la navigation pour la recherche de logement plus difficile, et [rend] probablement ces étudiants plus vulnérables à la [pénurie de logement] et à des coûts élevés. » 

Il n’est donc pas surprenant que la plupart des étudiants mcgillois ne connaissent pas le passé militant du quartier où beaucoup s’installent lors de leurs études : le « ghetto McGill », soit le quartier de MiltonParc. Alors même qu’ils en bénéficient au quotidien, beaucoup ignorent que ce quartier possède une riche histoire de résistance contre des projets « immobiliers » comme La Cité. Avec la hausse fulgurante des loyers, il reste à voir si la lutte entamée par les anciens résidents du quartier saura être reprise par ceux qui l’habitent aujourd’hui. Une chose est claire : le squat politique dans Côte-Saint-Paul témoigne de l’esprit de contestation toujours vivant à Montréal.


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