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Un classique revisité

Retour réussi de Cyrano au Théâtre du Rideau Vert.

Danny Tallo

Devant moi, la scène est sobre. Une chaise, une petite table et Cyrano. Le long nez du personnage le rend reconnaissable au premier coup d’œil. Penché sur la table, Cyrano écrit. Puis les lumières s’éteignent : le spectacle peut commencer.

Faire beaucoup avec peu

Le décor n’a rien d’époustouflant. Pourtant, on se sent tout de suite transporté dans l’univers de la pièce. Des blocs sont placés stratégiquement sur scène pour servir tantôt de lit, tantôt de siège. Une plateforme centrale surélève légèrement les comédiens par rapport aux côtés de la scène, où certains interprètes patientent entre leurs interventions. On apporte parfois des objets sur scène, comme une grande échelle qui sert de balcon pour la fameuse scène où Christian et Cyrano chantent la pomme à Roxane. Puis, de longs bâtons en guise d’armes pour les scènes de guerre, un brancard en tissu pour les blessés.

Un interlude à saveur de comédie musicale s’insère même au début du spectacle pour ouvrir la pièce avec éclat. Une bannière portant le titre apparaît à l’arrière-scène et Cyrano brandit son poing dans les airs.

« Cyrano (Benoit McGinnis) livre une performance mémorable : sa tirade du nez,
si connue, est revisitée avec intonation et lancée avec expertise »

La pièce n’a pas besoin de décors complexes pour emporter le spectateur et le faire entrer dans le monde de Cyrano. Une mise en scène, signée Marie-Eve Fortier, qui n’a pas besoin d’être extravagante pour être efficace.

Un jeu à couper le souffle

Le personnage de Roxane (Charlotte Aubin) est interprété avec justesse. L’humour et le sérieux s’allient à son courage impulsif et à ses coquetteries. Aubin fait rire la salle en rusant pour envoyer le comte de Guiche (Alexis Martin) à la guerre, mais plus tard brise le cœur des spectateurs par son deuil profond. Il en est de même pour Christian (Justin Simon), qui émeut avec sa lucidité et son amour pour Roxane. Cyrano (Benoit McGinnis) livre une performance mémorable : sa tirade du nez, si connue, est revisitée avec intonation et lancée avec expertise. Les mots coulent et nous donnent l’impression qu’ils sortent véritablement de l’esprit de Cyrano. La scène au balcon de Roxane n’est pas moins marquante : le trémolo dans la voix, Cyrano exprime son amour dans les mots les plus riches. Mais de tout le spectacle, c’est certainement la scène finale qui marque le plus. L’émotion est palpable dans la salle. Le dernier monologue de Cyrano, empreint d’espoir et d’une volonté de se battre même lorsque la mort est inévitable, promet de tirer quelques larmes aux plus sensibles. Comme McGinnis le déclame si bien : « On ne se bat pas dans l’espoir d’un succès ! Non ! non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! »

Un classique intemporel

Si certains classiques vieillissent mal, celui-ci reste d’une actualité frappante. L’adaptation de René Richard Cyr ajoute de l’humour à une pièce sensible, sans sacrifier la versification des répliques. Cyrano, écrite en 1897, traverse les siècles et demeure un spectacle mémorable. Une pièce incroyable, qui continue de m’habiter une semaine après l’avoir vue.

Cyrano, d’une durée de 1h50 sans entracte, est à l’affiche au Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 18 octobre 2026.


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