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Une génération jetable

Quel sera le prix d’une ère où chaque aspect de notre vie est jetable ?

Catvy Tran | Le Délit

N’avez-vous jamais rêvé de vivre à l’époque de vos grands-parents, quand la vie était plus simple et les journées plus lentes ? C’est un sentiment assez compréhensible vu l’état de notre monde moderne, essoufflant et éphémère. En raison du capitalisme et du consumérisme, un retour à cette vie d’antan semble impossible : la mode jetable, des produits et des emballages à usage unique, et des relations fondées sur ce même mode de consommation.

Une consommation coûteuse

La mode, qui était auparavant une expression du style personnel, est maintenant contrôlée par une alliance de compagnies et d’influenceurs. Par le passé, l’achat des vêtements était un choix conscient ; les tenues étaient fabriquées pour durer des dizaines d’années et étaient associées à des souvenirs et une certaine sentimentalité. Les tendances actuelles, notamment sur les réseaux sociaux, encouragent la production et l’achat de vêtements de mauvaise qualité. Aujourd’hui, les goûts culturels sont dictés par des algorithmes. Il est devenu impossible de confirmer les taux de consommation et d’adoption des tendances, car ils changent trop rapidement. Les vêtements qu’on achète sont portés en moyenne sept à dix fois, puis sont jetés et remplacés par d’autres pièces à bas prix. Cela montre comment l’affirmation de soi est devenue une pratique insensée pour contribuer à la surconsommation effrénée.

Pire encore, chaque transaction commerciale à laquelle nous prenons part vient avec son lot d’emballages et de plastiques à usage unique. Pensez à la dernière fois que vous avez fait votre épicerie. Combien de déchets plastiques avez-vous créés ? Seuls 20 % des milliards de déchets plastiques produits dans le monde aujourd’hui sont vraiment recyclés. Cette statistique est certes choquante, mais n’est manifestement qu’une arrière-pensée lorsqu’on achète des produits emballés en plastique que nous jetterons aussitôt. C’est cette insouciance qui nous rend aveugles à la consommation et encourage une existence sans pensée critique ou une quelconque réflexion profonde.

« Le consumérisme à court terme est impliqué dans tous les aspects de nos
vies, notamment par l’abandon du style personnel »

Quand l’amour devient consommable

Même les rencontres amoureuses ne sont pas des occasions où on peut prendre notre temps et considérer les implications de nos actions ! Pour les jeunes adultes de notre génération, il y a ce sentiment universel qu’on peut toujours trouver quelqu’un de mieux parmi les milliards d’utilisateurs sur les applications de rencontre. On peut essayer de parler avec un ou une partenaire, décider qu’il ou elle n’est pas pour nous et s’en débarrasser comme un sac en plastique de l’épicerie. Nous ne serons pas capables de trouver de partenaire pour la durée de nos vies, et ce, à cause de nos croyances inconscientes que tout est facilement remplacé. Chaque aspect de la vie moderne est entouré par la surconsommation sans manière de pouvoir y échapper.

Le consumérisme à court terme est impliqué dans tous les aspects de nos vies, notamment par l’abandon du style personnel, les produits et leurs emballages jetés immédiatement et les relations romantiques qui encouragent un cycle d’usage inéluctable. Évidemment, nous sommes incroyablement détachés des vies paisibles de nos grands-parents, et il se peut que nous soyons incapables d’y retourner. Si ce mode de vie perdure, sera-t-il possible de l’enrayer pour les générations à venir ? Sinon, le futur nous laissera-t-il ligotés à nos écrans, vivant des vies sans sentimentalité ni connexion hors des transactions en ligne ? À nous d’agir.


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