Au moment d’écrire ces lignes, la guerre en Iran entre dans son vingt-troisième jour : la machine de guerre est en marche et rien ne semble capable de la ralentir. Chaque soir, Iraniens, Libanais, et autres habitants de la région s’endorment sous une pluie torrentielle de bombes, de drones et de missiles. Les images qui nous parviennent des immeubles en ruines, des gisements pétroliers enflammés et des foules affolées dépeignent un chaos aberrant, une sorte d’apocalypse.
Dans l’immédiat, notre désespoir et frayeur risquent de nous mener sur des chemins incongrus. L’un est la désensibilisation à la souffrance, et l’autre est l’esthétisation de la violence et de la tragédie. Comme l’a démontré Walter Benjamin dans son essai L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, cette démarche esthétisante est la conséquence de la résurgence du fascisme dans la société contemporaine. Il explique : « l’état totalitaire aboutit nécessairement à une esthétisation de la vie politique. Tous les efforts d’esthétisation politique culminent en un point. Ce point, c’est la guerre moderne. »
C’est donc dans une perspective critique que je vous propose aujourd’hui un regard alternatif sur le conflit au Moyen-Orient, centré sur l’idée de la guerre en tant que processus intégral de destruction. En plaçant le climat, l’environnement et le vivant au cœur de l’analyse, on peut démêler les narratifs nationalistes et économiques qui réduisent si souvent les pertes humaines à de simples statistiques et dissimulent la souffrance derrière un rideau d’esthétisme.
Comme toute machine, la guerre a besoin d’énergie pour s’alimenter. Cette énergie, elle se la procure sous forme de mobilisation politique, mais aussi sous forme de matière première – le pétrole. Cet or noir qui pollue notre air et nos océans n’est plus simplement un objet de conquête, comme il le fut pendant les guerres du Golfe. Il est maintenant aussi une cible à embraser. C’est ainsi que le processus devient intégral : on fait décoller les avions de chasse pour faire exploser des gisements pétroliers ; on brûle du pétrole pour faire brûler le pétrole.
Ce qui nous restera après toute cette destruction, nous ne le ressentons pas encore, mais nous allons bientôt le découvrir. La semaine du 9 mars, les habitants de Téhéran se sont réveillés sous une pluie acide noire, produite par une contamination atmosphérique liée à la destruction des installations pétrolières au cœur de la capitale. Les conséquences d’un tel degré de pollution à l’échelle locale et planétaire sont pour l’instant difficiles à évaluer. Cependant, une chose est certaine : les particules en suspension, les oxydes d’azote et le dioxyde de soufre qui pénètrent la nourriture, la peau et les narines des civils iraniens sont les mêmes qui étouffent les forêts, empoisonnent les rivières et ravagent les écosystèmes. La guerre et l’exploitation de la nature ne sont pas simplement liées, elles suivent la même logique, et font partie du même processus.
Au centre de cette tentation suicidaire se cache le fascisme. Fidèle à son mariage avec la grande bourgeoisie, il sert les intérêts du complexe militaire-industriel tout en utilisant les médias comme outil de divertissement pour le grand public. L’anthologie d’images de feu et de violence que les médias nous proposent de consommer nous rend cyniques ; pris au piège, on oublie qu’il se refermera un jour sur nous. Personne n’ira sauver le pyromane qui met le feu à la forêt. Protégeons la Terre, vive la paix, et à bas le fascisme !



