Les années 2000 ont été marquées par un virage vers le numérique. Auparavant, la culture devait obligatoirement être consommée par l’intermédiaire d’un objet physique. Elle est aujourd’hui accessible en ligne, donc partout, tout le temps, et au bout de nos doigts. CD, magazines, DVD, livres, vinyles : tout est désormais disponible dans un seul et même objet ; notre téléphone. Pourtant, il semble qu’une nouvelle tendance se dessine. Les jeunes désirent à nouveau collectionner les médias physiques et consommer leur culture comme cela se faisait auparavant. Comme un retour de balancier, la culture retourne à sa matérialité d’origine.
« Les médias physiques nous permettent de continuer à consommer ce que l’on aime, sans être constamment sur notre téléphone »
La génération Z souffre d’une certaine fatigue de la technologie. Les réseaux sociaux s’homogénéisent, véritable amalgame de la prolifération de contenus produits par l’intelligence artificielle et du contrôle des plateformes par une poignée d’hommes d’affaires aux allégeances politiques plus que douteuses (Amazon, entre autres).
En résulte un désir croissant de s’en détacher. Née avec Internet entre les mains, la génération Z est la première à devoir réfléchir à l’impact des téléphones et des plateformes numériques dans sa vie. Le calcul se fait vite : quatre heures par jour sur les réseaux sociaux, multipliées par 365 jours, donnent 1460 heures par année, ce qui correspond à 60 jours complets. Ce chiffre glace le sang. Ce sont des heures impossibles à récupérer, et l’impact négatif des réseaux sociaux sur la qualité de vie est largement documenté.
Les jeunes tournent leur surutilisation des médias sociaux à la blague, parlant de « brainrot » et de disparition de leur capacité d’attention.
« Avec ce retour aux objets physiques, il est important de se rappeler de consommer consciencieusement »
Cependant, ce langage souligne tout de même une prise de conscience accrue. Les médias physiques nous permettent de continuer à consommer ce que l’on aime, sans être constamment sur notre téléphone. De plus, les caméras numériques et les CD, qui étaient à la fine pointe de la technologie dans les années 1990–2000, reprennent une place centrale dans la consommation de la culture. Cette tendance a beaucoup de points positifs. Acheter des médias physiques rémunère souvent plus directement les créateurs. Elle rend aussi la consommation de culture plus active. Faire jouer un CD demande davantage d’efforts que d’ouvrir Spotify, et réclame donc davantage notre attention, ce qui est nécessairement plus enrichissant.
Ce tournant culturel n’est toutefois pas sans risque. Les médias physiques ne sont pas imperméables à notre tendance à romantiser tout ce que nous faisons ; posséder des vinyles fait vintage, posséder une collection de livres donne un air académique, etc. Souvent sans conséquence, cette esthétisation peut aussi devenir « performative ».
Acheter des objets culturels dans le seul but de se créer une esthétique conduit rapidement à la surconsommation. Ne consommer que du matériel neuf et acheter à une fréquence élevée de nouveaux produits pour une collection complète contribuent à un cycle de consommation effréné, et surtout inutile. Avec ce retour aux objets physiques, il est important de se rappeler de consommer consciencieusement et de favoriser les prêts et les achats de seconde main. Les bibliothèques, les friperies et les prêts entre proches constituent une bonne façon de satisfaire ce désir de jeter son téléphone dans l’océan, tout en étant au fait de ce qui se crée culturellement.



