Le jeudi 5 février dernier a eu lieu la première mondiale et médiatique du spectacle musical Évangéline. Après le tapis rouge et les entrevues, les lumières se tamisent. La pièce commence avec le numéro d’introduction « Des amants légendaires », qui annonce le ton grandiose de la pièce. S’ensuit le numéro d’ensemble « Du côté du soleil » où on voit la jeune nation acadienne dans toute sa joie de vivre. Retournons en 1755 sur les terres de Grand-Pré pour cette histoire réelle et émouvante de la résilience d’un peuple qui a tout perdu.
Le personnage d’Évangéline provient avant tout du poème épique Evangeline, A Tale of Acadie, écrit par l’auteur américain Henry Wadsworth Longfellow. Publié en 1847, ce poème relate une histoire d’amour à travers la déportation des Acadiens et connaît un succès international. Le poème inspire aussi plusieurs chansons. Évangéline marque l’imaginaire canadien et permet de commémorer l’histoire du peuple acadien. La comédie musicale produite par la compagnie de production Gestev suit le poème de Longfellow et intègre de nouvelles chansons créées par le compositeur Steve Marin. Envie de découvrir l’univers musical de la pièce ? Quelques chansons sont disponibles sur les plateformes de musique ! Un spectacle d’une si grande envergure historique, autant dans l’intrigue que dans la composition musicale, nécessite une équipe de conception du tonnerre. De nombreux experts travaillent à la création de la pièce, dont André-Carl Vachon, spécialiste dans l’histoire acadienne, Quentin Condo, consultant culturel de la nation mi’kmaq, et Aroussen Gros-Louis, chorégraphe et danseuse wendat.
Malgré cet aspect historique réussi, plusieurs restent sceptiques après le spectacle, surtout par rapport à la distribution et l’équipe créative. Il est à noter que seuls deux comédiens viennent du Nouveau-Brunswick, ce qui soulève la question de la représentation des artistes acadiens. Daphnée McIntyre, autrice-compositrice acadienne, affirme « que [les producteurs] tirent avantage de notre richesse culturelle ». Elle souligne que de « capitaliser » cette histoire sans entendre les voix acadiennes est attristant. Dans un contexte où les questions d’inclusion occupent une place croissante dans le milieu des arts, plusieurs spectateurs ont été marqués par le manque d’artistes acadiens dans la distribution et l’équipe créative d’Évangéline. On peut alors se demander s’il s’agit d’une forme d’appropriation, ce que Lilianne Cormier, artiste acadienne, affirme sans hésitation : « C’est vraiment une appropriation d’une histoire qui, pour nous, est intégrée dans la culture. » L’enjeu de la représentation culturelle fait écho à l’absence de l’accent acadien sur scène ; les acteurs interprètent les chansons dans un français standard. Plusieurs individus, dont Anika Lirette, qui travaille au site historique de Grand-Pré, affirment que cette décision « ne représente pas l’insécurité linguistique » des Acadiens vivant entourés d’anglophones.
Quoique ces choix productifs soient quelque peu maladroits, les éléments scéniques de la comédie musicale sont très réussis. Les décors sont simples, mais l’agencement avec les éclairages crée une scène remarquable, voire grandiose. Les chorégraphies, un mélange de danses traditionnelles autochtones et acadiennes, sont livrées avec émotion, plusieurs mouvements symboliques témoignant de cette histoire de résilience. L’énergie des danseurs est contagieuse et rend les numéros d’ensemble très impressionnants. Les chorégraphies participent à la fresque historique vivante qu’est Évangéline.
Plusieurs performances vocales sont notables dans cette production, comme Nathalie Simard et son interprétation de la chanson « Au nom de toutes les femmes ». Elle a d’ailleurs obtenu une ovation debout lors du soir de la première.
Cela dit, l’acteur qui se distingue le plus est Matthieu Lévesque. Ce n’est pas la première fois qu’il éblouit le public. Il a joué dans plusieurs productions québécoises comme Rock of Ages et The Body-guard. Bien qu’il interprète un des antagonistes de la pièce, sa présence scénique est puissante et ses envolées vocales, sensationnelles. Son jeu, nuancé et fort, donne à son personnage une profondeur troublante et dépasse la simple figure du méchant. Il s’agit définitivement d’un artiste à surveiller !
Malgré le fait que la pièce ait quelques longueurs au niveau de l’intrigue du deuxième acte, Évangéline demeure une comédie musicale émouvante et marquante. Cette production québécoise mérite d’être vue.
Le spectacle est présentement en tournée dans plusieurs régions du Canada et à la demande populaire, il reviendra à la Place des Arts en juillet et août 2026. À ne pas manquer !



