Ce vendredi 13 février, un groupe d’étudiants mcgillois s’est rassemblé devant le portail Roddick avant de partir pour la place Vertu. C’est là où s’est déroulée une manifestation contre la compagnie de sécurité privée GardaWorld. L’appel a été relayé sur les réseaux sociaux, sous le slogan « ICE tue, le Québec paie », et repris par Divest McGill et Québec solidaire.
GardaWorld est une entreprise de sécurité privée canadienne basée à Montréal. Ses services comprennent la sécurité physique, la gestion de risque, et le transport de valeur. Récemment, GardaWorld s’est retrouvé au centre des controverses au sujet de son association avec l’ICE, la police de l’immigration aux États-Unis. En effet, la branche américaine de GardaWorld a conclu une série de contrats avec la Floride pour gérer le centre de détention Alligator Alcatraz – en procurant, entre autres, des gardes, des véhicules et des interprètes. Un rapport d’Amnistie Internationale publié en décembre 2025 révèle que de nombreux actes « cruels, inhumains et dégradants (tdlr) » ont été commis à l’intérieur d’Alligator Alcatraz.
Un lien avec McGill
Ce qui est d’autant plus polémique aux yeux du corps étudiant de McGill, c’est la relation qu’entretient depuis 2024 l’Université avec GardaWorld. En effet, McGill emploie le service de ses agents en tant que gardes de sécurité sur le campus. « La même compagnie qui va commettre des violations des droits humains patrouille dans notre campus », déplore Hannah Marder-MacPherson, manifestante et étudiante en quatrième année à McGill. « Cela nous implique directement en tant qu’étudiants mcgillois : c’est bien possible que ce soit notre argent qui paie GardaWorld, et donc, indirectement, qui aide l’ICE. »
Avant le départ, tout le monde se rassemble autour de l’étendard « Garda off campus ! » devant le portail Roddick. L’air est frais, mais les esprits se chauffent : des cris de ralliement dénonçant tour à tour GardaWorld, l’ICE, et McGill sont lancés. Le cortège d’étudiants-manifestants est long. Plusieurs personnes se joignent au mouvement lorsque le but de la marche leur est expliqué. C’est notamment le cas d’une femme d’âge moyen qui s’esclaffe quand on lui demande si elle vient de McGill. « Non, non », explique-t-elle, « Je suis là un peu par hasard, mais je connais l’ICE. Je sais ce qu’ils font, alors je me suis joint à [la marche] ».
Le rôle du Québec
L’Université McGill n’est pas la seule institution avec des relations potentiellement problématiques avec GardaWorld. Le gouvernement du Québec aurait payé 300 millions de dollars d’argent public à GardaWorld.
« C’est absolument inadmissible de continuer comme ça », affirme Haroun Bouazzi, député de Québec solidaire avec qui Le Délit a eu l’occasion de s’entretenir lors de la manifestation. « Il faut que les prêts du gouvernement soient conditionnels au respect du droit international ! C’est vrai pour GardaWorld, et c’est vrai pour toutes les autres compagnies. » Selon lui, la justice a un grand rôle à jouer : « Ce n’est pas vrai qu’on a le droit d’être complice de crimes contre l’humanité, contre les droits de la personne. […] Tout ce qui se passe aujourd’hui aux États-Unis est incompatible avec le droit international dont le Canada est cosignataire. »
La manifestation s’est soldée par de nombreuses altercations avec les forces de l’ordre devant le siège social de GardaWorld, impliquant notamment du gaz lacrymogène. Plusieurs blessés légers sont à compter parmi les protestataires.
La notion de légalité, et de responsabilité, demeure toutefois floue. Le Canada peut-il être tenu responsable des crimes commis par un acteur privé dans un autre pays ? Même si les contrats obtenus par GardaWorld sont techniquement légaux, des questions se posent sur le respect de l’éthique et d’une volonté de s’inscrire dans le droit international.



