Jeudi 29 janvier, l’Université McGill a ouvert ses portes au public dans le cadre d’une conférence commémorative sur l’attentat à la mosquée de Québec. À cette même date, en 2017, alors que la prière du soir venait de prendre fin, un homme armé a ouvert le feu sur le Centre culturel islamique de Québec. L’attentat a fait six morts, cinq blessés, et des familles dévastées. Neuf ans se sont écoulés depuis cette tragédie, et huit ans depuis la mise en place de la Semaine de sensibilisation musulmane à McGill. À cette occasion, l’Université a invité la docteure Salam El-Majzoub, psychiatre pour enfants et adolescents à l’Hôpital général juif et professeure associée du département de psychiatrie de McGill, à donner une conférence sur les effets de l’islamophobie sur la santé mentale des personnes musulmanes.
L’islamophobie au Canada
La cérémonie s’ouvre avec un mot du professeur Aimen Moussaddy. Après quelques vers chantés du Coran, il explique l’importance d’adresser collectivement l’islamophobie. Malgré les efforts de quelques personnes et organisations dédiées, l’islamophobie n’a cessé d’augmenter depuis l’attentat en 2017. Selon Statistique Canada, qui a dressé un état de la situation en juillet 2024, les crimes haineux visant les personnes musulmanes signalés à la police ont augmenté de 94 % – une statistique qui ne prend pas en compte tous les crimes non reportés. Moussaddy rappelle plusieurs incidents de violence envers des membres innocents de la communauté musulmane, notamment à Ajax, en Ontario, où une femme a attaqué une jeune musulmane en mettant le feu à son hijab alors qu’elle étudiait dans une bibliothèque.
L’islamophobie est en hausse partout au Canada, mais le Québec figure parmi les régions les plus touchées. Il s’agit de la province où la proportion de personnes exprimant une opinion défavorable à l’Islam est la plus élevée : plus de la moitié de la population, soit 52 %, selon une étude réalisée en 2023, se situe dans cette catégorie.
L’impact sur la santé mentale
Au cours de sa présentation, Salam El-Majzoub explique les différentes manières dont ces préjudices affectent la santé mentale des jeunes, musulmans ou non. « L’islamophobie, souligne-t-elle, n’affecte pas uniquement les individus musulmans, mais tous ceux qui sont perçus comme tels (tdlr) ».Lesconséquences ? Un désengagement social, un sentiment de malaise, de détresse psychologique, et de colère. Elle raconte comment le poids de ce traumatisme accumulé est lourd et met en garde contre le risque de tomber dans une victimisation et une pathologisation systématique des personnes touchées.
Si l’islamophobie a bel et bien un impact néfaste sur la santé mentale des individus, ces réactions demeurent normales dans un environnement toxique : « Face à de tels enjeux systémiques, il faut établir des réponses systémiques », affirme la Dre El-Majzoub. Elle insiste ensuite sur la nécessité de créer un environnement où les gens se sentent en sécurité pour s’exprimer sur les actes haineux dont ils sont victimes. Plus tard dans la soirée, c’est notamment sur ce point que Khadijatu-Dimalya Ibrahim, étudiante à McGill et cofondatrice de l’association des musulmans noirs (Black Muslims Association), rebondit : « L’Université McGill devrait faciliter la reconnaissance des personnes victimes d’un crime haineux, sans les soumettre à des démarches bureaucratiques lourdes, afin de permettre la justification d’une absence à un cours ou à un examen, en tenant compte de l’impact émotionnel et psychologique d’un tel acte. »
Pour conclure la rencontre, le professeur Moussaddy, déclare : « Il faut encourager la haine : la haine envers la corruption, la haine envers la violence, envers les systèmes hégémoniques et injustes. » D’après lui, l’islamophobie n’est qu’un symptôme d’une maladie plus vaste, et si l’on veut un jour en arriver à bout, il ne suffit pas de demander aux gens d’arrêter de détester les musulmans ; il faut s’attaquer à la cause première de cette colère et de cette haine : les inégalités.



