De la Chine au Canada, en passant par l’Europe, des rapports sur les faibles taux de natalité en 2025 sonnent l’alarme sur le futur économique et sociétal de certaines régions. Pour combattre les risques que cela accompagne – stagnation économique, perte de main-d’œuvre, vieillissement de la population – les pays concernés adoptent des stratégies variées. Les gouvernements s’appuient notamment sur des incitations financières, des mesures sociales et sur l’immigration. Les résultats sont pour l’instant variés et flous.
Regret chinois
Si la Chine reste un géant de la population mondiale, elle a subi un avertissement démographique en 2025. 11,3 millions d’habitants du pays sont décédés, contre seulement 7,92 millions de naissances, soit 1,62 million de moins qu’en 2024. C’est la quatrième année d’affilée que la population chinoise diminue, et son taux de fécondité extrêmement faible, à la hauteur d’un enfant par femme, est inquiétant pour le futur. En effet, un taux de 2,1 est nécessaire pour éviter un déclin démographique. Le gouvernement chinois se trouve alors face à l’impasse, et plusieurs estiment que c’est la faute de certaines politiques du passé. Entre 1979 et 2015, le Parti communiste chinois (PCC) avait en effet mis en place la politique de l’enfant unique, limitant chaque famille à un seul enfant. Cette stratégie a non seulement mené à un bouleversement social d’une terrible violence – plusieurs enfants ont été abandonnés et de nombreuses filles cachées de la société – mais est aujourd’hui grandement responsable de la tendance démographique inquiétante en Chine.
La baisse du taux de fécondité est autant un enjeu politique que sociétal. Si moins d’enfants naissent, c’est aussi parce que de moins en moins de Chinois veulent devenir parents. Le coût monétaire, ainsi que les sacrifices sociaux et professionnels, rendent la perspective d’élever un enfant plus pesante. Les habitants, notamment dans les grandes villes, témoignent d’un coût tout simplement trop élevé, les subventions semblant alors dérisoires. Pour combattre la décroissance démographique, le gouvernement emploie plusieurs moyens. La déclaration par le PCC de l’accouchement comme un acte patriotique résume l’aspect existentiel de ces enjeux. En parallèle, le gouvernement s’engage également dans l’accompagnement familial et augmente les taxes sur les préservatifs. Ensemble, ces mesures cherchent à encourager les jeunes Chinois à fonder une famille. Un effort qui, pour l’instant, n’a pas porté ses fruits.
L’Occident : mêmes tendances, mêmes enjeux
Le vieillissement de la population est pour l’Europe une tendance qui persiste. L’Italie, l’Allemagne ou encore le Royaume-Uni sont depuis longtemps confrontés à cette dynamique, et demeurent sans bonne réponse. Dans l’Union européenne, le taux de fécondité était de 1,38 en 2023. Aucun de ses pays membres n’a enregistré un taux supérieur à 1,81, encore loin des 2,1 nécessaires pour une reproduction démographique.
La France, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a observé plus de morts que de naissances sur son territoire : 651 000 décès contre 645 000 nouvelles naissances. Jusqu’à récemment, la France se distinguait en Europe par sa population dynamique, grâce à des politiques sociales avant-gardistes incitant ses citoyens à fonder de nouvelles familles. Depuis 1932, une politique sociale destinée au renouvellement des générations porte cet élan familial dans l’hexagone. Un élan, donc, qui perd son impulsion. Le Canada n’est pas mieux placé, avec 1,25 naissance par femme, et se retrouve donc confronté aux mêmes enjeux.
Enjeux sociétaux et mcgillois
En Europe comme au Canada, cette évolution démographique transforme les rapports entre les générations. Au Canada, la tranche d’âge de 60 à 64 ans est 1,43 fois plus peuplée que celle de zéro à quatre ans. Au fil des années, on risque alors d’observer une dépendance plus importante de la population âgée sur la jeunesse, pourtant de moins en moins nombreuse. Le financement de la retraite, la productivité du travail ou encore la nécessité de l’immigration comptent parmi les nombreuses questions que soulève l’évolution négative des taux de fécondité. L’immigration maintient actuellement la croissance démographique et la main‑d’œuvre dans plusieurs de ces pays, mais elle suscite de vives controverses politiques.
L’enjeu de l’éducation supérieure est tout aussi central. La population de jeunes nés au Québec diminue, conséquence d’un taux de fécondité de 1,33. Pour renouveler continuellement sa population étudiante, l’Université McGill devra potentiellement changer son modèle de recrutement. Dans un contexte où le gouvernement québécois décourage l’arrivée d’étudiants internationaux, moins de jeunes québécois signifie un marché universitaire favorable à l’acheteur. Ce phénomène implique plus de compétitivité entre les universités, et donc davantage de choix pour les étudiants.
À l’échelle internationale, en Chine comme en Occident, les dynamiques de pouvoir sont bouleversées par le déclin de la population. Les pays du Sud deviennent alors l’engin de la croissance démographique et peuvent y voir une occasion de renverser les structures de pouvoir économique, en proposant le marché et la main‑d’œuvre du futur.



