L’actualité du Forum économique mondial (FEM) de Davos n’a pas pu passer inaperçue. Cette 56e édition, tenue la semaine dernière, s’est distinguée par une virulence particulière, signe d’un contexte géopolitique explosif. Celui-ci apparaît saturé par les conflits persistants au Moyen-Orient, les affrontements sur le sol européen, et l’escalade de la violence aux États-Unis. Ajoute à cela une posture internationale de Donald Trump de plus en plus offensive. De ce fait, les questions économiques du forum semblent avoir cédé sous le poids des fractures politiques. Du 19 au 23 janvier, les grands acteurs économiques et politiques, tels que Donald Trump, Emmanuel Macron, Mark Carney, Volodymyr Zelensky, ou encore Bill Gates et Elon Musk, ont participé au caractère électrique de Davos 2026.
Depuis sa création en 1971, le forum de Davos se définit comme une fondation à but non lucratif et une organisation de lobbyisme, ayant pour mission « d’améliorer l’état du monde (tdlr) ». Les réunions annuelles donnent lieu à la publication de rapports, la création de partenariats et le lancement d’initiatives dans des domaines tels que l’innovation, le climat, ou la santé. Son importance médiatique n’est toutefois pas à sous-estimer. En effet, c’est précisément sur ce facteur que les participants semblent avoir joué cette année. Ces derniers ont tiré avantage de la nature provocatrice de leurs discours pour susciter un grand relais médiatique. C’est notamment le cas du discours de Mark Carney, qualifié par Anil Wasif, alumni en politiques publiques de McGill, de « discours le plus cité de la semaine, voire de la décennie ».
« Les puissances moyennes doivent agir de concert, car si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu ! »
Mark Carney, premier ministre du Canada
En effet, le thème du forum, « A Spirit of Dialogue » (Un esprit de dialogue), a été devancé par un flot de déclarations, toutes plus fracassantes les unes que les autres. L’Europe a été l’une des principales cibles des critiques. Zelensky, après avoir passé en revue la scène internationale – allant de la guerre sur son propre sol aux revendications impérialistes sur le Groenland – livre ses réclamations à l’Europe. Il demande une Europe qui serait « à l’initiative d’actions qui définissent le type d’avenir que nous aurons ». Donald Trump, dans un discours d’autocongratulation, déclare quant à lui que « certaines parties de l’Europe ne sont plus reconnaissables », et critique les politiques européennes sur l’énergie et la migration. Le président américain n’a pas manqué de se féliciter de l’ordre économique et politique mondial : « Le Canada existe grâce aux États-Unis », répond-il au discours de Mark Carney. Le premier ministre canadien avait appelé à la vigilance et à l’union des puissances moyennes face à l’hégémonie étasunienne. Par un discours qualifié d’historique par la presse internationale, il a également rappelé tant les positions du Canada en cette période de « rupture de l’ordre mondial » que ses intentions pour l’avenir.
« Les puissances moyennes doivent agir de concert, affirme Carney, car si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu ! » Il propose ainsi une alternative pour les états ne pouvant pas se permettre d’agir seuls, restreints dans leurs options par « la taille de leur marché, leur capacité militaire, et leur capacité à imposer leur volonté ». Carney ouvre une porte aux pays du Sud, qui, tandis que l’Europe traverse une crise économique et politique, pourraient connaître une croissance soutenue au cours des prochaines années. L’innovation pourrait devenir un levier de cette croissance, le premier ministre canadien mettant l’accent sur l’intelligence artificielle et appelant à une coopération entre démocraties pour s’affranchir des puissances hégémoniques dans ce domaine.
Cette approche consistant à « établir des coalitions efficaces, en fonction des enjeux, entre partenaires qui partagent suffisamment de points communs pour agir ensemble » se profile alors comme un pas de plus vers cette « amélioration de l’état du monde », mission officielle du forum de Davos.



