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Véhicules électriques et canola : la visite de Mark Carney en Chine

Le premier ministre a conclu plusieurs accords commerciaux avec la Chine.

Catvy Tran | Le Délit

En visite à Beijing, Mark Carney a déclaré la semaine dernière que « le système mondial a été chamboulé. Le Canada doit tracer une nouvelle voie en naviguant dans le monde tel qu’il est, et non comme nous aimerions qu’il soit (tdlr) ». Neuf ans après la visite de son prédécesseur Justin Trudeau, le premier ministre s’est entretenu avec le président chinois, Xi Jinping. Dans un contexte de tensions accrues avec les États-Unis, il s’affaire pour détacher le Canada de l’influence états-unienne et ainsi diversifier les partenariats économiques d’Ottawa. Le rapprochement avec Beijing en est l’exemple le plus récent. 

La Chine s’est engagée à diminuer les droits de douane sur les graines de canola, le crabe et le homard, tandis qu’Ottawa promet d’ouvrir le marché canadien aux véhicules électriques chinois. Ces derniers seront toutefois soumis à des droits de douane de 6,1 % et à un quota de 49 000 véhicules par année, ce qui représente environ 3 % du marché intérieur canadien. 

Le rapprochement entre la Chine et le Canada n’a rien d’anodin : il s’opère alors que les liens commerciaux et diplomatiques noués avec les États-Unis depuis plusieurs décennies sont en train de se défaire rapidement. Pour Diya Jiang, candidate doctorale spécialisée dans le commerce États-Unis-Canada à l’Université McGill, « on assiste à une tentative de dialogue réel entre le Canada et la Chine, deux pays fortement touchés par la politique commerciale et diplomatique de l’administration Trump depuis un an ». Bâtir une relation commerciale avec la Chine, c’est aussi s’ouvrir à un marché de 1,4 milliards de personnes. Ottawa veut ainsi augmenter de 50 % ses exportations vers la Chine d’ici 2030. Précédemment, trois-quarts des exportations canadiennes étaient destinées aux États-Unis, et seulement 5 % étaient envoyées vers la puissance asiatique. 

Selon la chercheuse, ce rapprochement ne se serait pas produit si la politique américaine n’avait pas autant changé. Voici un an, Mark Carney désignait la Chine comme « la plus grande menace pour son pays ». Une posture partagée avec le gouvernement libéral précédent : l’administration Trudeau avait alors imposé des droits de douane sur les véhicules électriques chinois afin qu’ils n’inondent pas le marché canadien. 

Jiang explique enfin qu’on peut s’attendre à d’autres accords entre Ottawa et Beijing dans les prochains mois, avec notamment des politiques d’exemption de visas, ou encore des échanges culturels plus marqués entre les deux pays. 

L’administration américaine a déjà réagi à la visite de Carney à Beijing. Le président américain, Donald Trump, a dit que c’était une « bonne chose » pour le Canada de signer un accord commercial avec la Chine. Le représentant Jamieson Greer, a quant à lui déclaré que le traité était « problématique pour le Canada » à cause de l’importation de véhicules électriques chinois sur les marchés canadiens. Reste donc à voir quelle sera la posture américaine sur le long terme si ce nouvel élan diplomatique se confirme.


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