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Pour ou contre les vlogues ?

Dilemme.

Juliette Elie | Le Délit

Blogue : « Site Web ou section de site Web généralement tenus par une seule personne, consacrés à une chronique personnelle ou à une thématique particulière présentées sous forme de billets ou d’articles. »

Vlogue : « Blogue dont le contenu est composé essentiellement d’enregistrements vidéo, accompagnés ou non d’une courte description et pouvant être commentés. […] Le terme vlogue est un mot-valise composé des termes vidéo et blogue. »

Les définitions de l’Office québécois de la langue française ne me satisfont pas. Elles ne font aucune mention du dilemme existentiel que de telles activités peuvent engendrer. Chez moi, en tout cas.

« Le problème, c’est que je me souviens aussi du sentiment étrange de vivre le moment à travers ma caméra »

Ne vous méprenez pas ; je suis une avide consommatrice de vlogues sur YouTube. Surtout lorsque je suis enrhumée, en hiver, à Montréal. J’aime m’évader et me mettre dans la peau de gens qui vivent une vie différente de la mienne, que ce soit parce qu’ils vivent dans un autre pays, parce qu’ils font des activités que je n’ai pas l’habitude de faire ou parce qu’ils font part de leurs réflexions, qui alimentent souvent les miennes.

Mais c’est facile de s’habituer à regarder les autres vivre leur vie – très souvent montrée sous son plus beau jour – et de se contenter de la sienne sans chercher à la vivre à fond aussi. Je ne vous l’apprends pas, ce qui se trouve sur les réseaux est immanquablement retouché, mis en scène, pensé pour créer un effet précis. Oui, oui, même les dumps soigneusement désordonnés sur Instagram.

Pourtant, mon dilemme existentiel ne trouve pas son origine dans le visionnement de vlogues, mais dans leur création.

La semaine dernière, j’ai tenté mon premier vlogue, à partir de vidéos prises lors d’un voyage à New York en mai dernier avec des amis, sur « Balade à Toronto » de Jean Leloup. Il s’agit d’un détail, mais c’est pour vous illustrer ce que cet exercice a eu comme effet sur moi : me replonger dans des souvenirs précieux. C’est le but ultime des vlogues, je pense, de figer dans le temps des images, des sons, un sentiment précis, pour les revivre et s’en souvenir longtemps.

C’est quoi le problème, alors ? Le problème, c’est que je me souviens aussi du sentiment étrange de vivre le moment à travers ma caméra. Et du réflexe insidieux de penser au résultat et à ce que les autres vont en penser.

En 2023, j’ai eu la chance de réaliser ce qui devait être mon plus grand rêve d’enfance : participer à une expédition de 35 jours de canot-camping sur des rivières du Québec. L’occasion de décrocher totalement, de revenir à ce qui compte vraiment (les amis, la nature, tout le tralala). Le premier jour, alors que je prenais une vidéo de mes amis, j’ai eu une pensée qui me dérange encore aujourd’hui : « Ça va être beau dans mon post à la fin. »

C’est là que j’ai pris conscience de l’emprise que les réseaux sociaux avaient sur moi, et du lien étroit entre documenter sa vie et la mettre en scène pour le regard des autres ; et ce, même si le résultat n’est pas publié.

Il y a tellement de moments que je suis heureuse de pouvoir revivre grâce à ma photothèque et, je l’avoue, en regardant mes propres stories à la une sur Instagram. L’idéal, qui reste un idéal, serait de vloguer de manière réellement spontanée et « candide », comme on aime si bien le dire, sans se soucier du regard des autres. On pourrait avoir un long débat philosophique sur ce qu’est l’authenticité et si ça existe vraiment, mais ce sera pour une autre fois.

Mon verdict : entre vouloir tout documenter et ne rien documenter du tout, mieux vaut vivre le moment présent, quitte à l’oublier un jour.


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