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Le voyage a‑t-il un avenir ?

Jade Lê | Le Délit

Le voyage est souvent vu comme une opportunité de tisser un lien fort avec la destination d’accueil, que ce soit par la création d’amitiés ou de souvenirs durables. Cet impact positif du voyage sur l’individu tend parfois à nous faire oublier ses répercussions sur l’ensemble de la société. Là où voyager a une empreinte culturelle positive, il comporte aussi une empreinte environnementale non négligeable qui pèse sur le climat. Selon une étude réalisée auprès de 160 pays et publiée en 2018 dans la revue scientifique Nature Climate Change, le tourisme représente environ 8 % de l’ensemble des émissions de carbone produites dans le monde.

Voyager différemment

Le voyage atteste finalement de notre rapport individualiste à l’environnement : nous savons que prendre l’avion est très polluant, mais comme il nous accommode dans nos déplacements, nous abandonnons rapidement l’idée de revoir nos modes de transport. Le voyage peut-il devenir plus écologique à long terme ? À quel point sommes-nous aptes à faire des sacrifices pour l’environnement ? Telles sont les questions d’éthique contemporaines qu’implique le voyage.

L’augmentation de phénomènes météorologiques violents comme les ouragans, les feux de forêt ou encore les inondations auront un impact sur la désirabilité de certaines destinations. On peut estimer que les choix de voyage de plus en plus limités dans les années à venir contribueront à accroître le phénomène de tourisme de masse. Plus on continue de voyager sans égard à notre empreinte environnementale, plus certaines destinations pourraient devenir inaccessibles. C’était le cas l’été dernier en Grèce, où les épisodes de forte canicule ont limité le tourisme, notamment l’accès à l’acropole, qui avait dû fermer ses portes pendant plusieurs heures de la journée.

Mais cet impact sur le voyage demeure mineur face à la dégradation des conditions de vie de certaines régions du globe. Alors que les touristes peuvent faire le choix ou non de s’envoler vers certaines destinations, celles-ci sont un lieu de vie pour les populations locales, qui doivent vivre avec les conséquences directes du réchauffement climatique au quotidien.

Et les études à l’étranger ?

En plus de leur coût économique, les études à l’étranger contribuent à la dégradation de l’environnement, car elles amènent les étudiants à prendre l’avion à plusieurs reprises dans l’année sur de plus ou moins longues distances. Cela, pour retourner voir leurs familles au moment des fêtes ou simplement rentrer pendant les vacances. Dans un monde où il va falloir redéfinir nos moyens de transports, les études internationales peuvent- elles être conciliées avec la lutte contre la dégradation de l’environnement ?

McGill possède une communauté étudiante internationale qui vient des quatre coins du monde. À l’automne 2023, ce sont 11 987 étudiants qui proviennent de près de 150 pays. Si l’on considère que chaque étudiant international fait un aller-retour chaque année, cela représente environ 22 000 trajets d’avions. Alors que nous tentons de revoir nos modes de consommation, favoriser les études dans sa propres région semble être le choix écologiquement responsable. Pourtant, selon le principal de McGill Deep Saini, la récente décision du premier ministre François Legault de rehausser les frais de scolarité ne contribuerait pas à diminuer le nombre d’étudiants internationaux à McGill.

Dans sa forme actuelle, le voyage doit être amené à se réinventer. Si nous voulons conserver des conditions de vie de qualité, peut-être nous faut-il renoncer au confort de voyager quand l’on veut, et où l’on veut. Les étudiants à l’étranger ont eux aussi un rôle à jouer dans la protection de l’environnement. Là où faire des études à l’étranger est encore aujourd’hui acceptable et valorisé, qu’en sera-t-il dans quelques décennies ? Traverser l’Atlantique pour étudier sera-t-il devenu un choix irresponsable ?


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