Un répit égoïste

Est-ce bien responsable de voyager pour le plaisir au beau milieu d’une pandémie ?

Avion - AtterissagePascal Meir - Unsplash

Durant le temps des fêtes, des milliers de Québécois·es se sont envolé·e·s vers le sud, majoritairement au Mexique, afin de s’évader pour quelques jours de cette vie anxiogène et ennuyante qu’impose la pandémie. C’est vrai que c’est tentant : qui n’aurait pas envie d’une petite semaine au chaud, sur la plage, à se faire servir des boissons ? Sauf que nous sommes confiné·e·s depuis des mois, soit pour notre propre santé, pour celle d’un proche ou, plus simplement, pour la santé collective. Les petites et moyennes entreprises, les restaurants et les artistes perdent leurs revenus, les étudiant·e·s crient à l’aide et les infirmier·ère·s sont à bout de souffle. Alors que tant de personnes sont restées seules durant les Fêtes afin de respecter les mesures sanitaires et d’assurer la sécurité de tous et toutes, pourquoi d’autres ne peuvent se retenir de voyager, ne serait-ce que pour un hiver ? Pourquoi ne pas faire le dur sacrifice de rester à la maison cette année, afin d’endiguer la propagation de ce virus mortel et ravageur ? 

Le 27 novembre dernier, le Mexique a enregistré son nouveau record de contaminations quotidiennes avec 12 081 cas détectés cette journée-là. À Mexico, le taux de mortalité lié à la COVID-19 est trois fois plus élevé que la moyenne mondiale. En effet, dans le reste du monde, en moyenne quatre personnes infectées sur 100 en meurent. À Mexico, ce sont douze personnes sur 100 qui décèdent des suites du virus. Selon Julie-Anne Boudreau, professeure à l’Institut national de recherche scientifique, ce taux anormalement élevé est dû aux nombreux problèmes de santé qui touchent la population.

Le Canada a un total de cas plus élevé que le Mexique, mais le Mexique a un taux de mortalité beaucoup plus élevé que le Canada. Qui plus est, le Québec est la province canadienne la plus touchée par le virus ; sachant cela, pourquoi des Québécois·e·s se donnent-ils le droit de partir séjourner dans ce pays de manière si irresponsable ? 

Le tourisme ayant un rôle central dans l’économie mexicaine, le gouvernement a décidé d’ouvrir ses frontières. Ce sont donc les employé·e·s de services des hôtels et restaurants qui se mettent gravement à risque afin de servir les touristes entêté·e·s, sans mentionner le personnel soignant du pays qui sera laissé dans un fouillis total à la fin des vacances en janvier ainsi que les personnes vulnérables ayant maintenant énormément plus de chances de contamination. 

Certes, beaucoup d’étudiant·e·s ont pris l’avion, mais ce, majoritairement à des fins pratiques : la plupart sont retourné·e·s dans leurs pays d’origine durant la fermeture des universités afin de voir leur famille et leurs proches. Aussi, ce n’est pas tant à eux que s’adresse cette reproche, mais plutôt aux jeunes adultes souhaitant simplement pouvoir faire la fête et « vivre normalement ». Ce sont eux qui ont davantage attiré l’attention du public. En effet, plusieurs stories d’influenceur·euse·s québécois·es sur Instagram, tels que Karl Sabourin, Milaydie, Noémy Petit et Emy-Jade Greaves, témoignent du manque de distanciation physique et du non-port du masque. Les mesures sanitaires étant différentes d’un pays à l’autre, les voyageur·euse·s mettent non seulement les résident·e·s du pays visité à risque, mais aussi les Québécois·es qui sont solidairement resté·e·s à la maison depuis presque un an maintenant. 

À mon sens, il est important de parler de ce qui se passe en ce moment, car il s’agit réellement de privilège blanc. En effet, décider de partir se détendre parce que nous en avons la capacité économique, parce que notre système de santé est fonctionnel et parce que nous avons les ressources pour nous confiner à notre retour, le tout sans prendre en considération l’impact de nos actions dans l’autre pays, est totalement inconscient et égoïste. Aller séjourner, souvent sans précautions, mettant à risque les résident·e·s et les employé·e·s de services qui n’ont pas d’autres options que de travailler, reflète la tendance coloniale de l’Occident.

Le mal est déjà fait, mais puissions-nous, en 2021, penser davantage aux répercussions de nos actions ainsi qu’être plus empathiques et altruistes. Si nous voulons sortir de ce calvaire un jour, il faudra remettre en question nos responsabilités et privilèges dans le contexte de cette pandémie.


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