Retour sur le référendum chilien

Entrevue avec Chili s’est réveillé Montréal.

Chili s'est réveillé Montréal | Le Délit

Chili s’est réveillé Montréal (CSRM) est un collectif créé lors des premières manifestations montréalaises en appui au Chili, pays traversé par une crise sociale depuis octobre 2019. CSRM se décrit comme un groupe non-violent, inclusif, pluraliste et non-partisan engagé pour le respect des droits humains au Chili comme ailleurs. Le Délit s’est entretenu avec le groupe à la suite du référendum chilien du 25 octobre 2020. 

Le Délit (LD):  Pouvez-vous décrire ce pour quoi vous militez ?

Chili s’est réveillé Montréal (CSRM): Le 14 octobre 2019, la décision du gouvernement chilien de Sebastián Piñera d’augmenter le prix de passage du métro à Santiago a été la goutte qui a fait déborder le vase. Cela fait 30 ans que l’État chilien vend le pays à de riches hommes d’affaires et à des compagnies étrangères pour atteindre une croissance économique profitant aux mieux nanti·e·s, au détriment de la majorité de la population.

Les pensions de vieillesse sont une vraie blague au Chili. Le salaire minimum équivaut à 540 dollars canadiens par mois, l’éducation universitaire est plus chère qu’au Québec et l’État a peu fait pour les immigrant·e·s. Sans compter que les peuples autochtones du Chili sont constamment victimes de discrimination et que l’homophobie, le classisme et la violence faite aux femmes sont loin d’être éradiqués faute de législation, de mesures de prévention et de prise en charge. Depuis une dizaine d’années, plusieurs cas graves de corruption ont fait les manchettes, et les fraudeur·se·s n’ont pas souvent été véritablement puni·e·s.

Chili s’est réveillé Montréal | Le Délit

À partir du 18 octobre 2019, des milliers de Chilien·ne·s ont pris la rue lors de marches pacifiques pour revendiquer leurs droits et exiger la rédaction d’une nouvelle constitution qui remplacerait l’actuelle, un héritage de la dictature. 

L’État chilien s’est chargé d’éteindre ce mouvement en décrétant l’état d’urgence, ce qui lui a permis de déployer l’armée dans les rues, d’imposer un couvre-feu et de donner un feu vert à la répression policière. Le tout s’est fait avec la complicité des médias, qui ont cherché à passer sous silence les revendications du peuple en présentant les activistes comme des terroristes et des délinquant·e·s.

« Le peuple chilien n’a obtenu pour seule réponse qu’une répression plus brutale que tout ce qu’a connu le pays depuis l’époque de Pinochet, une dictature déguisée en démocratie »

Bien qu’un référendum ait eu lieu le 25 octobre dernier afin de décider de l’avenir de la constitution de l’ère d’Augusto Pinochet, il est évident que le gouvernement chilien n’a aucune intention de répondre aux demandes du peuple, car tout changement au modèle actuel mettrait en péril les bénéfices que retirent le gouvernement et ses acolytes de leurs abus contre la classe ouvrière. Le peuple chilien n’a obtenu pour seule réponse qu’une répression plus brutale que tout ce qu’a connu le pays depuis l’époque de Pinochet, une dictature déguisée en démocratie. 

LD : Vous prenez action dans les rues de Montréal, notamment devant le consulat chilien. Tentez-vous de sensibiliser la population non chilienne à votre cause ou les membres de votre communauté ? 

CSRM : Notre mandat est de diffuser l’information et de contrer le silence complice des médias traditionnels et du gouvernement qui, ni au Chili ni au Canada, ne rapportent la réalité de la situation chilienne. Nous considérons qu’il est de notre devoir de bien informer tant nos compatriotes que les Québécois·es et Canadien·ne·s, ces dernier·ère·s nous ayant toujours offert un appui solidaire. En tant que Chilien·ne·s à l’étranger, nous solidarisons avec les demandes de notre peuple et continuerons à dénoncer les violations des droits humains.

LD : Pouvez-vous nous parler des différents efforts que vous déployez pour servir votre cause et de leur efficacité ? 

CSRM : Nos activités les plus connues sont nos manifestations, au moyen desquelles nous démontrons notre appui aux revendications de notre peuple et informons en même temps la population. Avant le confinement, nous organisions des conférences, toujours dans le but de donner le vrai pouls de la situation au Chili, ou encore des soupers à saveur « culturelle-politique » pour joindre l’utile à l’agréable. 

Avec le confinement, nous avons décidé d’aider notre peuple durement affecté par la pandémie et par le manque d’aide gouvernementale concrète aux plus démunis. Nous effectuons des levées de fonds pour appuyer les soupes populaires qu’on compte par centaines alors que la faim, fléau connu à l’époque de Pinochet, est réapparue partout à travers le Chili. 

LD : Le 25 octobre 2020 a eu lieu un référendum sur le changement de constitution au Chili. Comment votre organisme a‑t-il contribué à la tenue de ce scrutin pour la population chilienne de Montréal ?

CSRM : Moins de deux semaines avant la tenue du référendum,  nous avons appris que le gouvernement du Québec refusait d’autoriser la tenue du vote à Montréal, car l’endroit retenu par le consulat chilien ne respectait pas les exigences sanitaires québécoises. 

Notre collectif s’est mobilisé et, après de nombreuses recherches et communications avec différents membres de la communauté chilienne à Montréal, deux lieux répondant aux critères sanitaires ont été identifiés. Dans les jours qui ont suivi, plusieurs membres des communautés chilienne et québécoise œuvrant dans les sphères politiques ont mis en commun leurs efforts afin de faire avancer le dossier. Quatre jours avant le référendum, nous avons été soulagé·e·s d’apprendre que le vote aurait finalement lieu à Montréal le 25 octobre 2020. Après un an de travail ardu de la part de notre collectif, nous avons été très satisfait·e·s de transmettre en direct le résultat du référendum : une très forte majorité en faveur d’une nouvelle constitution pour le Chili.

LD : Qu’attendez-vous pour le Chili après cette victoire du « Oui » lors du référendum ?

CSRM : La rédaction d’une nouvelle constitution passe par l’élection des candidat·e·s qui formeront la convention constitutionnelle. Nous souhaitons, dans un premier temps, que celle-ci soit représentative de toutes les sphères de la société chilienne. Le processus électoral doit permettre la participation d’une grande partie des citoyen·ne·s, ce qui n’est pas le cas présentement en raison de la réglementation des candidatures. Nous avons besoin d’une convention constitutionnelle qui soutienne la volonté populaire et le droit légitime de la population de faire connaître sa vision politique afin de construire un Chili où tous·tes naissent, grandissent, vieillissent et meurent dans la dignité.

À nos yeux, la nouvelle constitution chilienne doit être le résultat d’un projet démocratique et doit être rédigée dans le respect des droits humains de tous·tes les habitant·e·s du Chili. Elle devra également faire prévaloir l’intérêt du bien public sur le bien privé et accorder une place prioritaire aux questions de l’environnement et des richesses naturelles du pays.

La population chilienne se rendra de nouveau aux urnes en avril 2021 afin d’élire les membres de la convention constitutionnelle. 


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