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La poésie comme art de résistance

Natasha Kanapé Fontaine et Patrick Watson pour la justice et l’espoir.

Margaux Brière de la Chenelière | Le Délit

Natasha Kanapé Fontaine, artiste multidisciplinaire originaire de la communauté innue de Pessamit, réitère de nouveau l’importance des arts et de la culture dans le militantisme. C’était cette fois dans le cadre d’un événement intitulé Poésie de la résistance en compagnie de Patrick Watson, répondant à plusieurs enjeux liés au racisme systémique que subissent les nations autochtones. Au cours du spectacle, la poétesse a notamment rappelé les violences perpétrées envers les pêcheurs mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse, le moratoire sur la chasse à l’orignal dans le parc de La Vérendrye que revendique la nation Anishnabe et la mort de Joyce Echaquan, issue de la communauté atikamekw de Manawan, ayant reçu de mauvais traitements de la part de deux infirmières et décédée au Centre hospitalier de Lanaudière.

Le spectacle, présenté par le Festival international de musique POP Montréal et Suoni per il popolo, le Experimental Music Festival, avait lieu en direct sur la chaîne YouTube de la Sala Rossa le samedi 14 novembre. Tout en douceur et en simplicité, il ne réunissait que Natasha Kanapé Fontaine et Patrick Watson, la première armée de ses poèmes et le second, de son piano et de son synthétiseur. Pandémie oblige, le public écoutait de la maison ; pour contrer le malaise d’une salle vide, les deux artistes ont meublé le silence de rires en imaginant les spectateurs et spectatrices en pyjama.

L’importance de l’art militant

Pour Natasha Kanapé Fontaine, la poésie est un baume ; elle la compare à la lame de tannage, cet outil utilisé pour enlever les impuretés des peaux afin qu’elles soient encore plus belles. Elle se questionne : que faire en tant que poète devant tant de violence ? Ses mots sont un outil de guérison, qui bercent et éblouissent, qui traitent les blessures causées par le racisme systémique et qui appellent à sa destruction. 

Les poèmes sont parfois cris, parfois lamentations, parfois douces litanies : ils disent toutes les souffrances des peuples autochtones, mais aussi la validité de chaque voix qui s’élève contre le racisme

La poétesse impressionne par l’ampleur de sa présence scénique. Si sa voix est délicate et douce dans les présentations qu’elle fait de sa poésie, tout son corps s’enracine dans la scène, elle paraît grande et solide et, même à travers l’écran, ses yeux nous percent de sa force tranquille. Durant les premières vingt minutes, elle est seule et déclame sa poésie dans le silence ; elle remplit tout l’espace disponible sans laisser de vide ou de longueurs. Chaque poème est déclamé avec l’émotion qui sied l’intention derrière et sa qualité de slammeuse ressort dans la fluidité de sa parole et l’attaque de ses consonnes. Le clivage est abrupt entre la douceur de ses présentations et la colère transmise par certains poèmes ; c’est bien parce que l’émotion est authentique et nécessaire. Les poèmes sont parfois cris, parfois lamentations, parfois douces litanies : ils disent toutes les souffrances des peuples autochtones, mais aussi la validité de chaque voix qui s’élève contre le racisme. 

Marier poésie et musique

Patrick Watson se met au piano après quelques poèmes. Sa musique, comme la voix de Natasha Kanapé Fontaine, est animée d’une énergie paisible. Le musicien est calme, décontracté ; il émerveille par sa virtuosité et par la symbiose créée avec son instrument. Après une chanson en solo, les sons du piano et du synthétiseur deviennent toile de fond pour la poésie et en renforcent le sens et la portée. La musique se fait alliée ; Patrick Watson porte respectueusement le message et la douleur de sa compagne de scène en lui laissant l’espace nécessaire. Une belle complicité s’installe entre les artistes, unis dans le silence étrange que cause l’absence de public. Dans sa seule intervention, le musicien déplore tout ce qui est perdu en raison du racisme, toutes les voix tues. Son message est d’autant plus intensifié par l’impact que continue d’avoir l’art de Natasha Kanapé Fontaine. Seul bémol : le public à distance ne pouvait pas demander de rappel.

La musique se fait alliée ; Patrick Watson porte respectueusement le message et la douleur de sa compagne de scène en lui laissant l’espace nécessaire

Dans un magnifique chant de la résistance, ce spectacle était pour les personnes autochtones du passé, du présent et de l’avenir qui ont été, sont et seront des guerriers et des guerrières contre le racisme systémique. Ce spectacle se voulait une douce réponse à la haine, une dernière arme et un dernier refuge, au nom de tous ceux et de toutes celles qui se battent. 


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