David Myles s’éloigne de l’ordinaire - Le Délit
David Myles s’éloigne de l’ordinaire
Par · 27 avril 2020
En conversation avec l’auteur-compositeur-interprète néo-brunswickois.
Image par Mat Dunlap

David Myles est originaire de Fredericton, au Nouveau-Brunswick. Son premier album, Together and Alone, est paru en 2005. Ayant exploré une pluralité de genres musicaux, il est, entre autres, connu pour avoir collaboré avec le rappeur Classified pour produire la chanson « Inner Ninja », qui avait été reprise comme chanson thème de la mascotte des Jeux panaméricains de 2015. Il habite à Halifax. 

 

Le Délit (LD) : Comment vous présenteriez-vous en quelques phrases à celles et ceux qui ne vous connaissent pas ?

 

David Myles (DM) : Comme chansonnier-musicien. Je viens de Fredericton, au Nouveau-Brunswick. [J’ai toujours été] obsédé avec la musique, [ç’a toujours été] ma vie. [Aujourd’hui] je continue d’écrire des choses, de découvrir la musique tout doucement, [je l’]espère avec profondeur. 

 

LD : En 2018 est paru votre premier album en français, Le Grand Départ. C’est un peu le contraire de ce qu’on a l’habitude de voir souvent dans les provinces maritimes – soit des artistes francophones qui se mettent à faire de la musique en anglais. Qu’est-ce qui vous a poussé à faire le saut vers le français ?

 

DM : Je suis francophile, [et] ça fait longtemps que ça m’intéressait, la langue. J’ai habité en Belgique quand j’avais quinze ans, j’ai fait un échange là-bas, et j’ai habité avec une famille francophone, donc c’était une immersion totale. Quand j’ai commencé à faire des spectacles, j’ai pensé, « Ça peut être vraiment cool si je pouvais faire un album en français un jour », mais c’était un défi assez distant. C’était un peu effrayant, en fait. Si vous m’aviez demandé la même question il y a cinq ans j’aurais dit que ce serait impossible. J’avais peur : ça n’arrive pas souvent qu’un anglophone essaye de faire quelque chose en français. Mais, de plus en plus, je faisais des spectacles au Québec, [et] j’ai vu que chaque fois que j’essayais de parler en français, de raconter des histoires en français, même d’interpréter d’autres chansons connues en français, ça marchait super bien. Tout le monde m’a encouragé. Donc en fait c’était les francophones qui [m’ont] dit « Vas‑y, fais-le ». Chaque fois que j’essayais de parler ou de chanter en français [le public] était là, avec moi, et ils m’ont dit « Ça va, tu parles bien ». J’ai fait des fautes, je fais plein de fautes encore, mais ça m’a donné la confiance d’essayer. À chaque fois que je me [posais] la question, « est-ce que je veux faire ça ? », je répondais toujours « Pourquoi pas ? ». J’adore le français, [et] d’être capable de faire des tournées dans les régions francophones du Canada, ça m’intéressait beaucoup. Après que j’ai décidé ok, je veux faire un projet en français, la prochaine question c’était : « comment est-ce que je vais écrire des chansons en français ? » Je ne l’[avais] jamais fait. Et là c’était nécessaire de trouver d’autres chansonniers avec qui je [pouvais] travailler. Quand j’ai trouvé Carole Facal (autrice-compositrice-interprète québécoise aussi connue sous son nom de scène, Caracol, ndlr), c’était clair que ça [pouvait] marcher. J’ai très bien travaillé avec elle, et on pouvait écrire des chansons en français. Donc on est partis de là.

 

LD : Est-ce que vous voyez une différence dans votre processus créatif selon la langue que vous utilisez ?

 

DM : Oui, bien sûr, parce que j’écris les paroles et les mélodies en même temps, en anglais. La plupart du temps, ce n’est que moi, en [isolement], j’écris dans mon studio, chez moi. Mais comme j’avais décidé ok, je ne vais pas écrire les paroles tout seul, parce que je sais que ce serait impossible, [alors] je vais écrire les mélodies chez moi, je vais avoir une idée pour la mélodie, pour le sens, pour la vibe d’une chanson avant qu’on commence avec les paroles. Et après ça, je suis parti à Montréal pour écrire les paroles, avec Carole et aussi Gaële (artiste montréalaise d’origine française, ndlr). Ici, c’était différent parce que ça m’a donné la chance de vraiment travailler les mélodies. Ce n’était pas si pressé. Parce que parfois, si on trouve des paroles qui marchent, on part de là, mais ici, comme je n’étais pas en train d’écrire les paroles en même temps, j’ai pris plein de temps avec toutes les mélodies. C’était un processus que j’[ai beaucoup aimé]. 

 

LD : Ayant fait l’expérience des milieux anglophone et francophone en tournée et en musique, voyez-vous une différence entre les mesures qui existent pour appuyer les artistes ?

 

DM :  En fait, je ne sais pas, parce que la plupart des choses sont provinciales. Les [mesures de] soutien [provinciales] sont différentes, il y des [mesures de] soutien pour la francophonie qui [sont] différents. Pour moi, la différence, c’est le public, c’est les théâtres, c’est les salles. Il y a une connexion très forte entre la langue et la culture dans les communautés francophones. Ça prend une autre place dans la vie des personnes au Québec et [dans les] parties francophones du Canada. J’adore faire des spectacles au Québec, j’adore ça. J’étais en train de faire une tournée ici, dans les communautés acadiennes, jusqu’au moment où tout [a été] annulé, et c’était un peu la même chose, [il y avait vraiment une connexion] entre la langue, la musique la culture. C’est une chose qui est vivante, qui est importante, qui prend place dans la vie des personnes. Comme musicien, comme personne qui chante en français, il y a quelque chose de spécial. J’adore les salles, aussi. Les salles de spectacle partout au Québec sont magnifiques, surtout avec la production. L’idée d’un spectacle est très sérieuse, [elle est] respectée, et j’adore ça : les éclairagistes, les techniciens du son, tout ça au Québec, c’est vraiment à un haut niveau, même quand on est dans les régions. 

 

LD : Vous avez repris, dans Le Grand Départ, la chanson « Le temps de l’amour », interprétée de façon célèbre par Françoise Hardy. Quel était pour vous l’attrait de cette chanson ? Avez-vous été inspiré par d’autres artistes francophones ?

 

DM : Bien sûr ! Au commencement, j’ai pensé ok, je vais faire un album qui [n’]est que des chansons francophones connues, des chansons de Serge Gainsbourg, de Georges Brassens, de Jacques Brel, aussi [de] mes amis acadiens. Mais j’ai trouvé que c’était moins intéressant parce que la plupart des chansons ont été déjà interprétées plusieurs fois. Mais dans ces mois où j’ai organisé ce projet-là, j’ai appris plein de chansons, et c’était celle-là qui m’a beaucoup pris. Ça marchait bien avec ma voix, j’ai beaucoup aimé la chanson, mais aussi j’ai trouvé [ça] intéressant parce que je ne l’avais pas vraiment entendue chantée par un homme. Donc, [j’ai dit], au moins c’est unique. 

 

Ça donne une idée des chansons que j’aime du monde francophone. En fait, il y a plein de musique francophone qui m’a inspiré, du Québec. C’est ça aussi qui m’a inspiré de faire un album en français, c’était parce que j’étais en train d’écouter plein de musique franco-canadienne qui était super bien réalisée. Je voulais m’immerger dans la communauté, surtout à Montréal. J’[écoutais] Marie-Pier Arthur, des artistes comme ça, et j’ai vu qu’il y avait un monde, là. En fait, j’ai travaillé avec le réalisateur qui a fait les albums de Marie-Pier Arthur, qui a fait les albums des Hay Babies (un groupe de musique néo-brunswickois, ndlr), François Lafontaine. C’est comme un fou, [un] génie musical, c’était magnifique. 

 

LD : Durant les dernières décennies, vous avez arpenté le Canada en tournée. Avez-vous une région ou une ville préférée ?

 

DM : Pas vraiment, parce que ça change toujours. On a fait quelques mois dans les prairies, c’était tout à fait unique. On a fait plein de spectacles dans toutes les petites villes. J’adore les montagnes. On habite dans un pays incroyable. Ça, c’est la chose qui m’étonne toujours, et qui m’inspire pour faire tous ces voyages. Chaque fois que je découvre une nouvelle région, comme la Gaspésie, ou la rive Nord du Saint-Laurent, c’est fou ! Terre-Neuve ; où on habite, ici en Nouvelle-Écosse, c’est magnifique ! Je ne sais pas si je peux trouver une [seule] région excellente parce que j’adore tout ça. J’adore le Nord, [j’ai déjà eu] la chance de voyager là-bas deux fois, à Iqaluit. Je suis bien chez moi, je suis content d’habiter ici, mais j’aime bien voyager partout. 

 

LD : Vous l’avez mentionné un peu tout à l’heure, que vous avez été obligé d’annuler des spectacles ; comment la pandémie de coronavirus vous affecte-t-elle en ce moment ?

 

DM : Je ne suis pas tout à fait différent de plein de gens, en fait je suis chanceux parce que je suis avec ma famille. J’ai deux enfants, [et] on peut rester chez nous. On est en sécurité. Donc je ne veux pas dire que c’est super dur pour nous. Je suis avec mes enfants tout le temps parce que ma femme travaille encore, elle travaille une job full-time, et je suis chez moi avec les enfants. C’est cool ; c’est nouveau, mais j’adore ça d’être avec eux. Mais c’est sûr que d’être un musicien qui aime faire des spectacles, qui avait plein de spectacles, [de rester à la maison] c’est tout à fait nouveau pour moi. Ça fait quinze ans que je fais des tournées, là ! C’est tout à fait différent d’être chez moi si longtemps, et surtout sans savoir quand on va partir. Donc pour l’entreprise, c’est dur. Ça va être vraiment dur pour tout le monde qui joue de la musique, mais je crois que ça va passer. 

Aussi, j’ai un nouvel album [Leave Tonight] qui sort dans quelques semaines, le 8 mai, donc ça, c’est aussi un peu compliqué. On trouve des façons de faire. Les médias sociaux, moi j’aime bien ça, donc je suis encore connecté avec tous mes fans. Il y a plein de manières de rester au courant, et c’est important pour moi, donc je travaille beaucoup sur ça, de faire des vidéos, de faire des choses tous les jours pour mes fans. Ça va être difficile de vendre les CD et les vinyles au moment [où l’album sort], mais on essaye de trouver une façon de le faire. Je crois en même temps que les personnes ont besoin de la musique, et je suis très fier du projet.

 
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