Redéfinir les masculinités après MeToo – Le Délit
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Redéfinir les masculinités après MeToo
Par · 23 mars 2020
Une table ronde réunie pour la Semaine de la Femme.
Image par Parker Le Bras-Brown | Le Délit

Pendant la semaine des femmes à McGill (Women’s Week McGill, en anglais), He For She et Alpha Sigma Phi ont voulu changer la perception de la « masculinité traditionnelle » au sein de l’Université. Le jeudi 12 Mars 2020 avait ainsi lieu la table ronde « Redéfinir le concept de la masculinité », organisée par ces deux associations étudiantes : He For She, inspirée par le Mouvement de solidarité mondial des Nations Unies en faveur de l’égalité des sexes, et Alpha Sigma Phi, une fraternité qui s’est récemment engagée à transmettre des valeurs de fraternité et d’inclusion. Plusieurs membres de la fraternité en question étaient présents à la table ronde, dont Ammar Mooraj, Zack Brookman, Michael Gaudioso, Mo Al Bardaweel, Britton Holman et Kevin Franceschini. 

 

Espace d’inclusion et de débat 

La table ronde était modérée par Hamza Bensouda, étudiant en science politique qui a d’abord demandé aux étudiants d’expliquer ce qu’ils considèrent comme étant la « masculinité toxique ». Les mots qui sont revenus le plus, dans la discussion, ont surtout été « pression » et « dominance ». Kevin déclarait ressentir « une véritable pression à agir comme un vrai homme », Michael expliquait que « souvent, les hommes doivent partager leurs émotions de façon statique et neutre pour être respectés » et Mo ajoutait que « c’est un problème que les hommes vivent au quotidien », qu’il faudrait« utiliser sa stature pour se faire respecter »

Ammar, quant à lui, expliquait que « certains hommes peuvent se sentir illégitimes ou pas assez respectés en tant qu’hommes » car, dit-il, « je me suis toujours senti honteux d’avoir des émotions, et plus je deviens un adulte, plus je me sens submergé par mes émotions au point où j’ai besoin de pleurer ». Un autre intervenant a justement partagé une anecdote à ce sujet, disant avoir vécu une scène avec son entraîneur de baseball à l’âge de 8 ans, qui aurait crié à un enfant qui pleurait.« Il n’y a pas de larmes valables au baseball », disait l’entraîneur. Enfin, ce que plusieurs étudiants ont affirmé avoir vécu au secondaire, c’est surtout une « hiérarchie entre les sportifs et les intellos, quitte à devoir choisir entre plusieurs passions pour faire partie des populaires ».

 

Des amitiés parfois « toxiques »

En abordant la question des passions et des amitiés, ils ont été plusieurs à témoigner d’une « frustration d’être toujours catalogué selon ses fréquentations et ses centres d’intérêt », surtout au secondaire et à l’adolescence. Mo, par exemple, témoignait d’un « inconfort à se confier à ses amis sportifs » alors qu’il se considérait comme un extraverti et qu’il voyait ses mêmes amis sportifs « se moquer de ses amis intellos ». Il a ajouté que, lorsqu’il est arrivé à l’Université, il se sentait « perdu et seul », mais qu’il ne savait pas comment dire ce qu’il ressentait à ses amis proches. Ce problème a justement été constaté par plusieurs autres intervenants, affirmant que se confier à ses amis masculins est « plus dur que de parler de ses problèmes aux filles ».

 

Des rapports « faussés » aux femmes 

Lorsque la question des relations avec les filles est abordée, la plupart des garçons hétérosexuels présents à la table ronde se sont accordés à dire que « lorsqu’un groupe est mélangé de filles et de garçons, les garçons ont tendance à changer de comportement pour impressionner les filles ». Michael ajoutait qu’il avait le sentiment que la plupart de ses amis athlètes de baseball ne « sont pas habitués à parler aux filles ». Mo expliquait aussi que « les athlètes de haut niveau ne devraient pas toujours être pris en exemple au lycée » du fait de leur comportement « qui peut être déplacé, envers les filles et les personnes qui ne sont pas considérées comme populaires ». Le problème que Kevin pointait du doigt était que « lorsqu’on décide de se confier aux filles, on a tendance à décharger nos émotions sur une seule personne, ce qui n’est pas toujours facile à vivre pour cette personne ». La table ronde s’est achevée avec une discussion autour du rôle des pères dans la construction masculine et de la santé mentale des hommes. La plupart des garçons présents ont en effet reconnu que la place de leur père a été « déterminante dans leur comportement ». Ammar expliquait qu’il « essaye de se libérer de ses émotions malgré le fait que son père ne se soit jamais comporté comme tel ». Il ajoutait aussi que le groupe Alpha Sigma Phi lui a permis de « participer aux discussions et de se sentir en fraternité avec les autres hommes ». 

 

Des solutions pour le futur 

Selon Mo, « il doit y avoir première étape, incluant les discussions entre les hommes au sein de l’Université ». Il ajoutait que « McGill doit permettre la continuité des évènements pour donner plus de visibilité au problème et changer la dynamique, afin de permettre aux filles et aux garçons d’être plus à l’aise ». Il terminait en disant que« nous devons ne garder en tête que nos actions ont des conséquences ». Kevin ajoutait finalement que « l’on devrait encourager les gens à dénoncer les personnes qui agissent mal, quand on manque de respect à une femme, par exemple. » 

 
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