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Montrer le réel par la fiction

Retour sur le film L’assistante de Kitty Green.

TVA FILMS

L’assistante explore la routine d’une journée dans les bureaux d’une maison de production à New York. Nous suivons Jane (Julia Garner), une jeune femme fraîchement graduée de l’université qui aspire à devenir réalisatrice. Nous la voyons quitter son appartement, tôt le matin, afin de se rendre la première au bureau : ses tâches sont banales et nous comprenons rapidement qu’il n’y a aucun épanouissement professionnel ou personnel possible. Seule, elle est enterrée par la ville qui représente aussi, en quelque sorte, un personnage : le bruit ambiant ne s’arrête jamais et la cinématographie suggère que New York englobe tout. Nous pouvons remercier l’utilisation de lentilles grand-angle, choix judicieux du directeur photo Michael Latham (The Face of Ukraine, Strange Colours). Jane est enfermée dans une ville étouffante et dans un bureau où sa présence est quasi inutile. Rabaissée par ses collègues et ses tâches quotidiennes, Jane s’accroche à sa routine puisque sa famille lui rappelle constamment que travailler pour cette maison de production est une chance unique de gravir les échelons du domaine du cinéma.

L’oppression en milieu de travail

Weinstein, ou du moins la figure de ce patron abusif et prédateur, rôde derrière l’assistante. Le·la spectateur·rice n’est jamais confronté·e au personnage, hormis quelques ombres ou silhouettes qui apparaissent dans le bureau situé derrière l’assistante. Toutefois, nous avons peur de cet individu, puisque Jane nous révèle son angoisse à travers de subtils signes d’inconfort (des épaules voûtées, des yeux rivés vers le sol, la peur de décrocher le téléphone). Julia Garner joue Jane d’une façon fragile : elle est incapable de s’affirmer et vit de la pression non seulement de la part du patron, mais aussi des deux autres assistants masculins présents avec elle dans le bureau. L’assistante doit s’occuper de nettoyer l’environnement de travail, doit débarrasser les dîners de ses collègues, et le plus anormal : ramasser les sous-vêtements et s’occuper des taches sur le divan dans le bureau du patron. Ses collègues tournent à la dérision le fait que le patron rencontre de jeunes demoiselles dans son bureau, qu’il reçoit des photos d’actrices et qu’ils doivent s’ajuster autour de son horaire qui est constamment modifié afin de s’adapter à ses rendez-vous galants. Jane doit à la fois gérer ce qu’elle comprend être de l’abus envers des jeunes femmes, et le patron qui exprime voracement son mécontentement envers elle par téléphone : sa voix caverneuse et forte opprime l’assistante qui tente de se faire petite et espère continuer son travail. 

Un commentaire

Le style documentaire, la cinématographie et l’oppression véhiculée par la performance physique de Julia Garner font en sorte que L’assistante marque le·la spectateur·rice et le·la pousse à être témoin du comportement du patron. Impuissant·e·s, tout comme Jane, nous sommes poussés à vivre le dilemme que l’assistante porte : dénoncer ou rester ? Le rêve de Jane est de travailler dans le domaine du cinéma et elle se fait constamment rappeler que certes, son poste est difficile, mais qu’avec beaucoup de travail, le patron fera en sorte qu’elle gravira les échelons. Toutefois, est-ce un prix qu’elle décide de payer pour se réaliser professionnellement ? 


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