Une culture qui souffre de nos égarements – Le Délit
Une culture qui souffre de nos égarements
Par , et · 22 octobre 2019
Image par Mahaut Engérant | Le Délit

Qu’est-ce que la culture? Au fond, voilà une question dont on suppose la réponse comme allant de soi. Ceci dit, pourrions-nous vraiment y répondre? Si l’on vous demandait de décrire en quelques lignes la culture, sans que ne vous soit accordée la possibilité d’énoncer maints exemples, ne vous en tenant qu’à l’expérience que vous en avez vous-même, que diriez-vous? Le malaise pointerait son nez, sans doute.

Si l’on s’en tient à l’imperium du mot, l’on comprendrait peut-être que la culture ne peut se résumer aux grands arts d’un peuple, ni à ses traditions ; ceux-ci ne sont au mieux que ses manifestations. La culture, étymologiquement, n’ose signifier que l’une des choses les plus élémentaires au sein d’une communauté : prendre soin. La culture, en ce sens, ce sont ces choses desquelles nous prenons toutes et tous soin.

S’il nous fallait accepter cette définition, quel jugement se permettrait-on de porter envers la « culture » québécoise? Certains cas d’école montreraient les limites des soins portés à celle-ci.

Le cas d’Amazon est l’un des milliers de fragments de cette crise. Autant les entreprises étatiques — l’on pense ici à tous les autres géants du Web — peuvent être perçues comme une cause à cette marchandisation de la culture, autant serait-il plus juste de les voir comme conséquence de ce manque de soin pour notre littérature. S’il est vrai que ces multinationales ne sont que l’expression de la crise sévissant dans notre société, leur omniprésence met un frein à ceux et celles qui prendraient peut-être soin d’une culture québécoise, n’eût été la facilité que donne les multinationales à s’en gaver. Ainsi, l’on se retrouve dans un cercle vicieux, où les bonnes intentions se perdent dans l’abêtissement créé par le réseau numérique de la vente de « culture ».

Pourtant, cela n’est dire qu’une part d’une situation bien plus large. En cette crise identitaire renouvelée, peut-être serait-il de circonstance de considérer les gouffres pratiques immenses qui séparent un produit culturel d’une oeuvre culturelle, une consommation d’une participation. Collectivement, c’est sur notre manière de cultiver que nous devons réfléchir.

La culture d’une chose est à la fois l’apprentissage et le souci de celle-ci. Ou plutôt, pourrions-nous parler d’une connaissance incorporée. En se vouant, par exemple, à la littérature québécoise, il n’est pas interdit de croire que l’on puisse développer une sensibilité aux gens concernés par celle-ci, voire que l’on sache prendre mieux soin de nos semblables. En ce sens, le rôle des créateurs et créatrices est architectonique.

Laissons-nous donc, lectrices et lecteurs, quelques pages afin de considérer la mesure d’un peu des miettes de notre culture québécoise. Aussi minuscules soient-elles dans la masse littéraire, il n’y a que nous qui puissions en prendre soin.

 
Sur le même sujet: