« Mon pays, ce n’est pas un pays » – Le Délit
« Mon pays, ce n’est pas un pays »
Par · 22 octobre 2019
Le Théâtre Outremont rend hommage aux voix de Pauline Julien et de Gérald Godin.
Image par Marie-Andrée Lemire

Ce vers, composé et porté initialement par la voix de Gilles Vigneault, aura été l’étendard de la vie de Pauline Julien et de Gérald Godin, tous·tes deux aspirant à cette ultime quête : voir le Québec devenir un État souverain. Si leurs convictions politiques unissaient les deux artistes, c’est d’abord et avant tout l’amour profond qu’ils avaient l’un pour l’autre que vise à témoigner la pièce Je cherche une maison qui vous ressemble. Mêlant Histoire, poésies et chansons, le tout se veut un hommage à ces deux grands noms du Québec. Retour sur cette création qui a peiné à émouvoir l’audience du Théâtre Outremont lors de la première d’une longue tournée, le 2 octobre dernier.

Hommage éclaté

Sous la plume minutieuse de Marie-Christine Lê-Huu se dressent devant nos yeux deux personnages, humanisés avec brio par les comédien·ne·s Catherine Allard et Gabriel Robichaud. Dans une musique alliant la voix d’Allard aux paroles de Julien, ponctuée des écrits politiques et poétiques de Godin, le texte se décline comme un manifeste pour celles·ceux qui, comme les deux artistes, auraient voulu d’un Québec souverain. La pièce nous raconte toutefois bien plus que l’histoire de l’indépendance que le Québec s’est refusée. Elle témoigne des blessures de l’échec de ce rêve trop grand que plusieurs ont porté, les années d’effervescence d’une révolution (pas si) tranquille, une certaine nuit aux longs couteaux, et bien d’autres évènements de la grande histoire de notre (pas si) petit Québec.

Les deux acteur·rice·s partagent la scène avec deux musiciens — qui assument l’intégralité de la trame sonore — installés un peu en retrait, mais qui n’hésitent pas à se mêler à la mise en scène, par quelques petits clins d’œil ou répliques complices avec les autres artistes. Meublée de leurs quatre corps, la scène abrite pourtant bien d’autres symboles : un écran géant présente en écho au récit des extraits de discours prononcés par René Lévesque, des images d’archives de Julien et de Godin ainsi que des capsules vidéo montrant une Pauline plus vivante que jamais. Cette intrusion historique dans la pièce fait anachronisme — autant dans le récit que dans la forme qu’épouse celui-ci.

Une forme décousue

S’il est évident que l’œuvre cherche à rendre hommage à ces défunt·e·s artistes québécois·es, c’est bien parce que les acteur·rice·s ne cessent de le rappeler à l’auditoire. Leur volonté, leur démarche artistique et leurs intentions derrière le spectacle sont verbalisées par les deux comédien·ne·s qui, lors de plusieurs apartés, quittent leur personnage pour redevenir leur propre être. Il et elle nous racontent leurs doutes face à la construction du spectacle, leur envie et leur gêne de parler d’indépendance encore aujourd’hui, et leur très grand plaisir à prendre la peau de leur idole. Bien qu’il soit devenu monnaie courante au théâtre de briser le quatrième mur, le procédé est utilisé ici à tellement de reprises que l’on en vient à être offusqué ; l’auditoire est réellement pris par la main, tout lui est expliqué, à un tel point qu’en sortant du théâtre, après la représentation, il n’a plus rien sur quoi cogiter : tout a été dit, réfléchi, consenti à sa place.

On ne peut reprocher aux comédien·ne·s leur interprétation respective : leur jeu est juste, leur voix fidèle aux personnages et leur plaisir sur scène est définitivement sincère et touchant. Toutefois, l’on s’y perd par les formes qui s’imbriquent mal — entre les vidéos, les chansons et les apartés, ce melting pot à la québécoise est irrévocablement drôle, éducatif, mais aussi terriblement mal ficelé.

Je cherche une maison qui vous ressemble est en tournée partout au Québec jusqu’au 13 mai 2020.

 
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