Cervantès et l’errance poétique – Le Délit
Cervantès et l’errance poétique
Par · 8 octobre 2019
L’intemporel Homme de la Mancha prend vie au Théâtre du Rideau Vert.
Image par David Ospina

Il y a de ces classiques qui en resteront toujours. Ces œuvres qui, peut-être de par l’intemporalité de leur propos, sauront traverser les époques en gardant une irrévocable actualité. C’est notamment le cas de Don Quichotte, personnage hétéroclite éponyme de l’œuvre, venu au monde sous l’habile plume de Miguel de Cervantès, il y a de cela plus de quatre siècles.

En 1968, après plusieurs années d’inactivité artistique, le bien connu Jacques Brel reprend ce classique de la littérature espagnole afin d’en faire l’adaptation française. Naîtra alors L’Homme de la Mancha, adaptée de la comédie musicale The Man of la Mancha conçue par Mitch Leigh et Joe Darion, qui rend hommage au Quichotte et à son créateur. C’est avec cette adaptation française que le Théâtre du Rideau Vert entame cette année sa saison.

De poète à interprète

Récupéré dans de nombreuses œuvres à travers les années, Don Quichotte est ce pauvre hidalgo (gentilhomme) de la Mancha, qui se sacre chevalier errant afin de faire de sa vie le combat contre toutes les inégalités. Si ses intentions sont pures, sa maladresse est telle qu’il en vient malencontreusement à causer du tort à chaque âme qui croise son chemin.

L’oeuvre L’Homme de la Mancha met en scène le créateur du Quichotte : le valeureux Miguel de Cervantès — poète et idéaliste qui espère apporter, avec ses écrits, de la lumière dans ce sombre monde. Emprisonné en pleine Inquisition espagnole, Cervantès prend la peau de son personnage afin de démontrer à ses codétenus le pouvoir d’une illusion — celle de l’écriture. Pour lui, là est le sens du monde : colorer le terne du réel par la magie de l’inventivité. Dans une valse entre fiction et réalité, tout est permis : qui peut reprocher à des prisonniers, de toute façon, l’usage d’un peu de créativité?

Voix double et puissante

Assumant ce double rôle, à la fois celui du Quichotte et de Cervantès, l’acteur et chanteur Jean Maheux marque ici un tour de force. Si sa voix puissante avait d’ores et déjà été couverte d’éloges lors de la présentation québécoise de la pièce en 2002, les années n’ont pas eu raison de son talent. Investi sur scène comme s’il y jouait sa vie, le comédien avoue d’ailleurs qu’il « perd 5 livres à chaque représentation ». Entre la folie du Quichotte, son idéalisme, son amour éperdu, sa grande ténacité et sa volonté toute puissante de faire le bien, l’acteur comprend et incarne les nuances et la complexité du personnage, qu’il fait résonner par sa voix en crescendo qui emplit magnifiquement l’espace du théâtre.

Si Maheux est au centre de l’œuvre, à la fois par son talent et par la nature du personnage qu’il incarne, les acteur·rice·s qui l’accompagnent répondent à ce même appel de vérité sur scène : leur jeu est juste, il·elle·s se prêtent aisément aux multiples rôles qu’il·elle·s assument, et malgré quelques faiblesses vocales, toutes et tous transposent l’audience dans l’illusion du réel.

L’Homme de la Mancha est présenté au Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 9 novembre.

 
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