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Ottawa bloque Legault

La semaine politique a été marquée par des confrontations entre Ottawa et Québec.

Louis Roy

Justin Trudeau a servi cette semaine à M. Legault et au gouvernement caquiste deux fins de non-recevoir. D’abord, mardi dernier, il a annoncé sans surprise qu’il ne céderait pas aux demandes unanimes des partis de l’Assemblée nationale de laisser le gouvernement québécois percevoir lui-même les impôts fédéraux. 

Actuellement, depuis l’époque de Maurice Duplessis, le Québec est la seule province canadienne à percevoir elle-même ses impôts, ce qui fait en sorte que les citoyens québécois doivent payer pour deux agences de revenu différentes. Les quatre partis de l’Assemblée nationale, ainsi que les conservateurs et les bloquistes dans la Chambre des communes, se sont prononcés en faveur de ce transfert de compétences. Le Parti libéral du Canada (PLC) a argumenté que le gouvernement provincial n’aurait pas assez de ressources à l’international pour contrer efficacement l’évasion fiscale, contrairement au gouvernement fédéral. De surcroît, selon les libéraux et les néo-démocrates, transférer la perception des impôts fédéraux au gouvernement provincial aurait pour conséquence la perte des 5500 emplois de l’Agence du Revenu du Canada à Shawinigan et à Jonquière.

L’immigration reste au fédéral

Samedi dernier, le 9 février, Justin Trudeau  s’est opposé à un autre engagement fort du gouvernement Legault : la réforme du système d’immigration. Le ministre responsable de cette réforme, le jeune député de Borduas, Simon Jolin-Barette, avait déposé la veille en chambre la Loi visant à accroître la prospérité socio-économique du Québec et à répondre adéquatement aux besoins du marché du travail par une intégration réussie des personnes immigrantes. Ce projet de loi prévoit de redonner plus de compétences en matière d’immigration au Québec, entre autres de réintroduire l’octroi conditionnel de la résidence permanente afin de mieux contrôler la région d’arrivée des immigrants économiques. Le ministre fédéral des relations intergouvernementales, Dominic Leblanc, a presque aussitôt annoncé qu’Ottawa ne laisserait pas Québec obtenir ces prérogatives. François Legault a averti le premier ministre Trudeau, par l’intermédiaire des médias, qu’il paierait le prix politique de ces deux refus.

Retombées potentielles

Comme l’affirme François Legault, Justin Trudeau joue peut-être gros en s’opposant si catégoriquement à son homologue provincial. À moins d’un an des élections fédérales, grâce à la déconfiture dans les sondages du NPD, le Québec est la seule province dans laquelle les libéraux fédéraux espèrent encore faire des gains de sièges, alors qu’il recule dans toutes les autres provinces : de nombreux analystes et sondeurs affirment que dans l’état actuel des choses, seuls les sièges du Québec empêcheraient Justin Trudeau d’être défait par les conservateurs d’Andrew Scheer. Or, cette semaine, les refus du premier ministre l’ont assez mal fait paraître chez les partisans de Legault, d’autant plus qu’il doit aussi gérer le scandale autour de SNC Lavalin qui a éclaté autour de lui cette semaine. 

Un sondage de la firme Léger Marketing sur les intentions de vote au Québec a révélé en début de semaine que les libéraux maintenaient toujours un fort niveau d’appuis, à 39 points de pourcentages. Il faudra voir si les évènements de cette semaine affecteront ces chiffres à long terme.


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