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Envoûtant Coriolan

La dernière production de Robert Lepage nous arrive sur les planches du TNM. 

Courtoise du TNM

Jusqu’au 17 février prochain, le Théâtre du Nouveau Monde présente Coriolan, pièce de Shakespeare traduite par Michel Garneau et mise en scène pour la 7e fois par Robert Lepage. Dans cette tragédie présentant les intrigues politiques modernisées de la Rome antique, Coriolan, personnage aussi perturbant que captivant, donne à voir l’étendue dangereuse de la puissance qu’un seul être peut exercer sur le destin d’un empire tout entier. La production, qui regroupe près de 18 acteur·rice·s, est l’une des plus acclamées de la saison théâtrale.

Magie et merveilleux

Ceux et celles qui connaissent le travail de Lepage ne seront pas surpris·es par l’encensement critique que sa mise en scène reçoit, et ceux et celles pour qui Coriolan tiendra lieu d’introduction à son univers esthétique ne manqueront pas d’être enchanté·e·s. Les changements de scènes, nombreux et compliqués, s’exécutent avec une prouesse technique qu’on a souvent comparée, avec raison, à de la magie. L’émerveillement provoqué par ces transitions est sans cesse renouvelé : le spectateur ou la spectatrice retient son souffle en attendant chaque nouvelle scène qui ne manquera pas de l’éblouir encore plus que la précédente. 

Outre son esthétisme sans faille, ce qui transparaît surtout dans la mise en scène est l’intelligence et l’érudition avec lesquelles celle-ci est effectuée. La muraille de mosaïque à Coriole criblée de balles de mitraillette est une image d’une force telle qu’elle frappe l’esprit au point d’y rester gravée longtemps après la représentation. 

Valeurs sûres

S’il n’y a bien sûr pas grand chose à redire de l’oeuvre de Shakespeare, on peut cependant s’interroger sur l’accessibilité de la pièce. Par son caractère politique dense, par son personnage principal antipathique, et par la multitude de figurants, pions dont l’intériorité n’est pas aisément donnée par le texte, Coriolan n’est pas l’œuvre la plus jouée de Shakespeare. Il est facile de comprendre pourquoi. Malgré ce défi, la mise en scène est certainement parvenue à magnifier tout le beau et l’émotion que Shakespeare avait à offrir. 

L’ambiance y est lourde, certes, comme chargée d’une sorte d’énergie statique – avec ces acteur·rice·s confiné·es dans des cadres serrés, cernés de noir – presque télévisuelle. Elle va de pair avec le thème central de la pièce : cette impossibilité pour le guerrier indomptable qu’est Coriolan de se conformer aux insupportables cadres auxquels on tente de l’astreindre. Sous la sensibilité esthétique de Lepage, toutefois, ce qui aurait pu devenir étouffant est plutôt envoûtant. 

Le jeu des acteur·rice·s y a évidemment contribué.  Anne-Marie Cadieux est éblouissante dans le rôle tragi-comique de la mère de ce Coriolan plus grand que nature, interprété par Alexandre Goyette. La variété de personnages qui, sur papier, n’ont qu’une fonction technique, reçoit une profondeur inespérée par le jeu nuancé des autres membres de la troupe, dont la diversité rafraîchissante est un atout incontestable. On peut donc en conclure que les deux grandes forces de cette production – sa mise en scène impeccable et sa distribution solide – en font sans contredit une expérience mémorable. 


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