PETA: les animaux à tout prix – Le Délit
PETA: les animaux à tout prix
Par · 30 octobre 2018
La vice-présidente était de passage le 25 octobre dernier.
Image par Alexis de Chau

Le 25 octobre avait lieu à McGill une conférence et rencontre avec Tracy Reiman, vice-présidente de PETA (People for the Ethical Treatment of Animals). Cet événement, organisé par Vision Shaper Forum, permettait au public d’échanger avec l’une des figures de proue de PETA, qui est l’une des associations les plus reconnues à travers le monde pour sa lutte pour la reconnaissance des droits des animaux. Le Délit était présent au cours de cette rencontre.

L’art et la manière

Tracy Reiman commence par une présentation rapide de l’association et de sa cause. Au cours de cette présentation, elle évoque combats et victoires de PETA. Elle commence son discours par la phrase « les animaux sont merveilleux et intelligents », ce qui annonce le ton de la présentation qui s’en suit. Elle décrit notamment les méthodes employées par l’association pour une communication efficace. PETA est connue pour la diffusion de nombreuses vidéos-chocs, tournées dans différents contextes, comme des abattoirs, centres d’élevage industriels, producteurs de fourrures, etc. Ces vidéos, souvent très difficiles à regarder, sont nécessaires selon Tracy Reiman, car « il est important de voir ce que l’on doit combattre ». Elle poursuit cette déclaration par la projection de plusieurs vidéos : des veaux séparés de leur mère, des chèvres et moutons utilisés pour la laine, tondus et frappés très violemment. Les projections s’achèvent par une séquence particulièrement insoutenable : un lapin dont les poils sont arrachés à vif pour produire de l’angora. Même si l’on détourne le regard, impossible de ne pas entendre les hurlements de l’animal. La vice-présidente de PETA explique la diffusion de ces vidéos par une nécessité d’images brutales, choquantes, permettant d’attirer l’attention du public.

Cependant, Tracy Reiman nuance ces vidéos et ajoute qu’elles ne sont pas l’unique moyen d’interpeller. En effet, elle montre ensuite des vidéos à caractère plus léger, humoristiques ou attendrissantes, ou encore des vidéos illustratives d’actions de l’association. Elle affirme que les gens ont également besoin de rire et de comprendre, pas uniquement d’être interpellés.    

La vice-présidente de PETA explique la diffusion de ces vidéos par une nécessité d’images brutales, choquantes, permettant d’attirer l’attention du public.

En pratique

Si interpeller, convaincre et choquer est important, ce n’est pas une fin en soi. Soulever des problèmes sans apporter de solutions reste vain. Là réside un autre aspect essentiel de la mission de PETA. Selon Tracy Reiman, il est important d’offrir des solutions réelles et accessibles aux problèmes rencontrés lors de la lutte pour les droits des animaux. Elle mentionne notamment l’existence d’un numéro de téléphone d’urgence (théoriquement accessible dans le monde entier, mais probablement plus efficace aux États-Unis) que l’on peut appeler si l’on est témoin d’un animal en situation de détresse. Elle affirme que « PETA n’abandonnera pas tant que l’animal ne sera pas totalement en sécurité ». Déclaration qui semble quelque peu ambitieuse et utopiste, mais si l’association donne au moins une marche à suivre, cette démarche peut s’avérer intéressante.

Tracy Reiman a également mentionné que le groupe emploie des scientifiques afin de mener des recherches pour contrer l’expérimentation menée sur les animaux. Ils conduisent notamment des recherches sur des substituts aux animaux, comme de faux organes, réagissant de manière similaire aux organes véritables, ou encore la culture de cellules humaines.

L’espoir persiste

Si l’on s’attend à un discours plutôt négatif, étant donné la réalité du monde dans lequel on vit, ses élevages et abattoirs à la chaîne, celui de la vice-présidente de PETA reste porteur d’espoir. Elle mentionne un changement lent mais réel des mentalités. Au cours des vingt-trois ans qu’elle a passés auprès de PETA, elle a été témoin d’une réelle amélioration de la perception du bien-être animal par la société. Au cours des années 1980, le mot « vegan » apparaissait tout juste. Aujourd’hui, selon un sondage mentionné par la Tracy Reiman, un cinquième des jeunes interrogés pensent que nous évoluons vers une société sans viande.

PETA compte aussi des succès importants dans l’industrie de la mode, avec notamment plus de trois cents marques majeures, dont Gucci, Galliano et d’autres marques de luxe, ayant accepté de ne plus utiliser de fourrures sous les pressions de l’association. Agir dans l’ombre est, selon Tracy Reiman, une part importante du travail. De nombreuses marques refusent de s’associer ou de montrer un soutien quelconque à PETA, en raison de l’image controversée de cette dernière. Selon la vice-présidente, cela importe peu, seul le résultat compte. Cette dernière affirmation semble être un argument récurrent dans la manière de penser et d’agir de PETA, ce qui s’avère parfois problématique.

La fin justifie les moyens

Si les actions de PETA ont pour but d’interpeller, certaines d’entre elles sont, à mon sens, poussées à outrance. En effet, si utiliser des séries et films (comme The Handmaid’s Tale) pour faire des raccourcis avec la manière dont les animaux sont traités est relativement acceptable, d’autres liens faits dans le cadre de certaines campagnes le sont moins. Tracy Reiman mentionne notamment une campagne de PETA, faisant un rapprochement entre le traitement des animaux et l’Holocauste. Elle justifie cette campagne par le fait qu’il est inutile de se voiler la face et qu’il ne faut pas avoir peur des mots. Elle ajoute qu’elle est elle-même juive, et qu’elle voit le parallèle qui peut être fait. Cependant, la campagne a dû être retirée, car jugée trop délicate et portée à la controverse, avec raison.

Au cours de la présentation, la vice-présidente effectue également des rapprochements hasardeux entre le combat pour la cause animale et la lutte féministe. Ce faisant, elle compare l’élevage et la violence envers les animaux aux violences auxquelles font face les femmes. Bien que la manière dont elle formule son argumentaire permet de voir les grandes lignes de ce rapprochement, il s’agit tout de même de liens trop approximatifs entre deux sujets trop différents pour être comparés. Par exemple, elle met en relation le gavage des oies et canards et la nutrition de force des suffragettes au cours de la grève de la faim qu’elles avaient entamée au cours de leur lutte pour l’obtention du droit de vote.

Ces argumentaires bancals et indélicats participent à une décrédibilisation du reste des actions de PETA, donnant une image trop controversée de l’association. Bien que le besoin d’actions choquantes soit compréhensible dans la quête de visibilité, il reste nécessaire de respecter un certain niveau dee bienséance et de modération pour pouvoir rester crédible face au grand public.

 
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