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Christo, controverse à Iseo

Christo

« Ce projet n’est pas un tableau, pas une sculpture. Ce n’est pas quelque chose que l’on observe ou que l’on accroche à un mur. […] Tu dois prendre le temps de faire les cinq kilomètres — pas virtuellement, il faut vraiment marcher cinq kilomètres. » (Christo, 2016)

Le 18 juin 2016, l’artiste bulgaro-américain inaugure The Floating Piers, qui relie les îles de Monte Isola et de San Paolo à la ville de Sulzano, en Lombardie, dans le nord de l’Italie. Cet ensemble de pontons dorés est composé de 220 000 cubes en polyéthylène recouverts de tissu jaune, flottants à la surface du lac Iseo et retenus par 190 ancres. Cette œuvre éphémère permet à la fois d’avoir l’impression de marcher sur l’eau, de contempler les montagnes aux alentours et de vivre une expérience artistique inédite, largement plébiscitée par les visiteurs. En effet, The Floating Piers a ainsi accueilli 1,2 million de visiteurs pendant ses seize jours d’ouverture, alors que la ville de Sulzano compte à peine plus de 2 000 habitants !

Malgré cette démesure, l’objectif de cette œuvre est avant tout d’être une expérience, éphémère, passagère, qui ne laissera aucune trace sur son environnement. Ainsi, les pontons ont été conçus en plastique de synthèse, et ont été intégralement recyclés à la fermeture de The Floating Piers. Cette œuvre s’inscrit dans la volonté de Christo de créer un art ouvert à tous, hors des musées, impossible à posséder ou à commercialiser, et faisant prendre conscience à chacun de la nécessité de poser un nouveau regard sur ce qui nous entoure, dans une optique plus écologiste que ses autres œuvres. L’artiste affirme que « l’urgence d’être vu est d’autant plus grande que demain tout aura disparu ».

Néanmoins, un groupe de consommateurs italiens s’est interrogé quant au bilan de l’œuvre : compte tenu du coût de nettoyage du lac et du coût environnemental de production des matériaux de l’installation, il est nécessaire de se demander si le recyclage des pontons compense les externalités négatives de l’œuvre, et si cette « compensation » n’est pas une manière de se donner bonne conscience, tout en ignorant son véritable impact écologique. Au total, cette œuvre a‑t-elle laissé une trace uniquement sur les photographies des touristes ?


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