Je ne vois qu’une chimère – Le Délit
Je ne vois qu’une chimère
Par · 20 mars 2018
Force et quête de reconnaissance: Une femme fantastique les combine avec brio.

Une femme fantastique. Cela pourrait sonner comme un titre de dessin animé. Pourtant, Una mujer fantástica, de Sebastián Lelio, dépeint une histoire bien plus que réelle. Il s’agit du récit de la vie de Marina, interprétée par la talentueuse actrice chilienne transgenre Daniela Vega, après la mort de son amant Orlando (interprété par Francisco Reyes). Elle doit faire face à la haine, la rancœur et l’incompréhension de la famille de son défunt compagnon, et ce, en traversant l’épreuve de la disparition de ce dernier.

Une escalade de haine

Orlando et Marina filent le parfait amour. Il a quitté sa famille pour elle. Elle vit chez lui. Il lui a offert son chien. Cette vie d’amour et de passion s’arrête brutalement au cours de la nuit d’anniversaire de Marina, durant laquelle Orlando succombe à une soudaine rupture d’anévrisme. S’ensuit une succession de difficultés pour Marina, qui doit gérer de front sa vie professionnelle, son deuil et les problèmes de succession. Sa force et sa manière d’appréhender cette situation imposent l’admiration et le respect. Pourtant, ce n’est pas ce que montre la famille d’Orlando à son égard.

Plusieurs personnages sont marquants par leur comportement envers Marina. Entre autres, l’ancienne femme d’Orlando semble être une femme moderne, ouverte d’esprit, jusqu’à ce qu’elle soit confrontée à la réalité de la relation entre Orlando et Marina qui impacte directement sa vie personnelle. C’est alors qu’elle montre son vrai visage, empli de haine et d’incompréhension, dissimulé derrière une façade de bien-pensance. Cette manière de penser et d’agir est plutôt récurrente chez les personnages, que ce soit le reste de l’entourage d’Orlando, ou encore au sein des administrations médicale et policière auxquelles est confrontée Marina suite à l’enquête sur la mort de son amant. Cependant, Marina reçoit un certain soutien de sa propre sœur ou encore du frère d’Orlando, le seul à accepter cette situation. Pourtant, ce soutien paraît désespérément faible face aux épreuves que Marina traverse.

Des images belles et terribles

Une femme fantastique  met en avant un réel problème de société, soit la transphobie mais également la désinformation face à la transidentité, au travers d’images fortes de symbolisme. Les décors sont simples, sans artifices, ce qui permet une immersion totale dans la vie de Marina. Il est facile de se laisser porter par l’histoire et de suivre son cheminement. On ne peut éprouver qu’empathie et un certain sentiment d’impuissance face aux scènes débordantes d’injustice et de transphobie dont Marina est victime. Ces situations, qui sont bien trop semblables à des scènes auxquelles on pourrait assister dans la vie courante, témoignent d’une réelle incompréhension et d’une aversion face à l’inconnu malheureusement trop récurrentes dans notre société.

Le film comporte bien évidemment des scènes plus positives, qui témoignent du courage de Marina, et qui nous apportent un souffle d’espoir. Que ce soit lorsqu’elle danse, qu’elle chante ou simplement dans sa manière de parler, l’héroïne est magnifique, et fait prendre tout son sens au titre du film.

Une femme fantastique est porteur d’un message d’une importance majeure, et participe à ce cinéma engagé dans la lutte pour la reconnaissance des droits des personnes transgenres. Le fait que l’histoire soit axée non pas sur la transition du personnage, mais plutôt sur sa vie en général en fait un film notable. Il a d’ailleurs permis, grâce à sa résonance, à la présidente chilienne, Michelle Bachelet, d’orienter le débat sur le soutien des personnes transgenres au Chili vers plus d’acceptation. Cependant, ce film nous prouve qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème de législation mais également un problème culturel, ancré dans de nombreuses sociétés.

 
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