Arc-en-ciel d’émotions
17 octobre 2017 - Image par Charlotte Grand
120 battements par minute, une expérience aux mille sourires et aux mille peines.

Avertissement: Cet article divulgue des éléments du film.

Ils donnent un rythme, une cadence à la vie, chacun les ressent dans sa poitrine, son pouls, ses tempes, à chaque instant. Ils sont 120 précisément; 120 battements par minute.

Avec son film du même nom, Robin Campillo fait accélérer ce rythme à une vitesse folle. Entre musique, amour, manifestations, peur et mort, 120 BPM fait battre le cœur de son audience plus vite pour l’adapter à la cadence d’Act Up, une association issue de la communauté homosexuelle, et de ses adhérents.

Le film prend place une dizaine d’années après le début de l’épidémie du sida et suit le combat d’Act Up. La première partie se concentre sur les différentes actions de l’association et son fonctionnement, tandis que la seconde donne une vision étoffée des personnages et de leur histoire. Le film constitue le parfait mélange entre documentaire et film artistique, présentant une expérience complète, instructive et émotive à son public.

Un début qui documente et instruit

Le film emmène tout d’abord le spectateur à la découverte d’Act up  à travers l’arrivée d’un nouveau groupe d’adhérents, pendant un meeting hebdomadaire de l’association. Le spectateur prend connaissance des événements passés et futurs d’Act Up; comment l’association fonctionne, ce que les adhérents veulent faire savoir, et contre qui ils se battent vraiment. Il s’agit d’une opposition au comportement du gouvernement, trop peu réactif à leur goût.

« La musique house, qui est la musique des jeunes de l’époque, ainsi que son tempo nous rappelle étrangement les battements du cœur »

Cet aspect documentaire continue tout au long de la première partie du film: en plus des réunions, le spectateur assiste à une action contre les laboratoires qui mettent trop de temps à publier leurs résultats sur de potentiels nouveaux traitements.

Au fur et à mesure, au milieu de ces scènes purement instructives, une facette artistique du sujet commence à se développer. Cela se manifeste particulièrement à travers des scènes où les adhérents, que l’on voit d’abord se battre, se lâchent finalement et dansent au rythme de la musique house. Le réalisateur offre de cette façon un beau contraste dont il joue beaucoup par la suite.

La musique house, qui est la musique des jeunes de l’époque, ainsi que son tempo nous rappelle étrangement les battements du cœur. Ces scènes offrent un beau message de vie; certains des personnages à l’écran sont en train de mourir lentement et pourtant ils montrent leur côté le plus vivant et pétillant, autant lorsqu’ils se battent pour leurs valeurs que quand ils dansent au son de leur cœur.

Une suite plus chargée émotionnellement

C’est l’une de ces scènes dansantes qui crée une transition vers la seconde moitié du film. L’histoire se concentre soudainement sur Nathan, l’un des nouveaux adhérents avec lequel le spectateur a découvert tout ce monde, et Sean, un séropositif qui est présent depuis les débuts de l’association. Le personnage de Sean apparaît comme une réelle ode à la vie, bien qu’étant certainement l’un des plus touchés par le sida, contaminé très jeune à la suite d’un rapport avec son prof de mathématiques de l’époque, alors que la maladie était mal connue. Si dans la première partie du film, le seul fait de le voir s’activer et s’exprimer donne de l’espoir et fait sourire ou même rire, dans la seconde partie, le spectateur voit son état s’aggraver lentement. Cette descente vers la mort donne toutefois un côté émotionnel très dur au film.

Là aussi le réalisateur utilise un contraste frappant, entre la première Gay Pride pendant laquelle Sean est un cheerleader avec des pompons roses, danse, saute partout, rit et crie, et la seconde où il porte un simple tee-shirt noir et déambule simplement, sans artifice dans la ville. Il disparaît également de la piste de danse, et les scènes de musique intenses que l’on retrouvait au début se font rares, parallèlement aux battements de son cœur. Enfin, le contraste le plus important est certainement lorsque la dernière scène de danse arrive, et qu’elle se termine en laissant place à la scène de sa mort, assez étrange.

« Cette descente à la mort donne un côté émotionnel, toutefois très dur au film »

Sean meurt dans son sommeil, aux côtés de Nathan, et ses amis d’Act Up viennent ensuite le voir un par un, sans aucune larme, comme si c’était un évènement prévisible, attendu. En fait, comme s’ils s’étaient déjà trop habitués à ce genre de situation.

Finalement le moment le plus intense du film se révèle dans le dernier plan. Les membres d’Act Up récupèrent les cendres de Sean, selon son souhait, et les utilisent pour son ultime action auprès de riches homme d’affaires, en les jetant sur ceux-ci tout en criant leurs slogans. Sean aura ainsi participé au combat jusqu’à sa dernière cendre et y aura donné tout son corps et toute son âme, comme de nombreux autres avant lui.

120 BPM est donc un film très fort, autant pour ce qu’il apprend aux spectateurs sur Act Up, cette association au nom qui n’est pas toujours familier, que pour l’émotion de l’histoire de Nathan et Sean. Une dualité et un contraste qui fait battre le cœur de l’audience à mille à l’heure et donne envie, en sortant de la salle de cinéma, de vivre au maximum, et de se battre comme ces jeunes se battaient, pour ses valeurs et tout simplement pour vivre.

 
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