Journalistes en formation
3 octobre 2017

La semaine dernière, un évènement fit son apparition sur Facebook, ce réseau social si cher à la communauté étudiante mcgilloise.

Cet évènement, organisé par une des associations politiques étudiantes mcgilloise, rappelait l’existence des frais ancillaires (opt-out fees, en anglais, ndlr): il appelait les étudiants à arrêter de payer les cotisations de plusieurs groupes et organisations étudiantes dont les actes et les mandats ne plaisaient pas à celle-ci. Cet évènement se démarquait des autres pour plusieurs raisons: sans compter le fait qu’il calomniait d’autres groupes étudiants, il n’invitait pas non plus, de par son format et son ton, ni aux partages d’idées, ni à la discussion, et semblait surtout chercher à outrager.

Vous l’auriez sans doute remarqué, la description de cet incident reste un peu vague. Vague, car bien que les déclarations du premier club auraient pu soulever d’intéressants débats sur le fonctionnement et l’utilité de certaines associations étudiantes, c’est une autre polémique qui refit surface dans les bureaux du Délit. Quand est-il bon de couvrir un tel incident et à quel moment cette couverture risque-t-elle de donner une plateforme aux minorités haineuses ou aux trolls? Lorsque les organisations ciblées ne veulent pas ébruiter l’affaire, et de surcroît quand l’évènement n’a qu’une vingtaine d’intéressés, est-il vraiment nécessaire d’en publier les détails?

D’un autre côté, en s’autocensurant, non seulement nous coupons court aux échanges d’informations entre les membres d’un même campus, mais nous permettons aussi à des groupes qui disséminent des idées douteuses d’échapper à l’examen public. La communication se coupe et chacun se referme ainsi sur soi-même.

En terme d’événements controversés, certains se rappelleront peut-être de l’affiche «Make Canada great again», qui avait été aperçue aux alentours du campus en novembre dernier. Cette dernière se voulait islamophobe, anti-communiste et homophobe. L’incident avait pris des ampleurs nationales et avait fait le sujet d’articles dans plusieurs publications (CBC, Metro et Montréal CTV). Suite à cela, McGill s’était vue obligée de publier un communiqué qui tenait à «affirmer haut et fort que le message véhiculé dans ces affiches, tant dans le libellé que dans les images, est contraire aux valeurs de l’Université McGill». De ce fait, ces quelques affiches et leur message, qui auraient pu n’être vus que par poignée d’habitants de la communauté de Milton-Parc, atteignirent un public de plusieurs milliers de personnes – sûrement au-delà des espérances de leurs auteurs. La publication de cette controverse dans les journaux et sa grande visibilité avaient permis à McGill de réaffirmer et rassurer les étudiants sur le fait que ce genre de discours ne serait jamais toléré au sein de cette université. Cependant, on ne put s’empêcher de ressentir le malaise qui flotta sur le campus pendant les jours qui suivirent.

En tant que journalistes en formation, il nous faut nous amarrer au peu de pespicacité qui nous est bon d’obtenir. Tant que ce genre d’incidents ne se transforme pas en problème récurrent qui soulignerait un enjeu plus systématique, ce n’est pas gênant d’en passer outre.

Ainsi, nous ne publierons pas les détails de la première affaire car elle ne le mérite pas. Espérons que nous avons fait le bon choix.

 
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