Le Venezuela vu par un ambassadeur canadien
19 septembre 2017 - Image par Capucine Lorber
Ben Rowswell critique le populisme lors d’une visite à McGill.

C’est à McGill que Ben Rowswell, ex-ambassadeur canadien au Vénézuela a donné son opinion le 15 septembre dernier. Arrivé en 2014 à Caracas, la capitale vénézuélienne, c’est depuis une zone grise créée par l’ex-président Hugo Chavez que Rowswell a dû gérer l’ambassade canadienne. Quelque part entre la démocratie et la dictature, il a ainsi assisté aux effets du populisme chavista sur les sphères économiques et sociales du pays.

Les problèmes auxquels le pays fait face

Suite au contrôle de change instauré en 2003 par Chavez, un marché noir s’est rapidement créé afin d’avoir accès aux dollars américains. Le taux de change officiel en 2014 de 6,3 bolivars pour 1 dollar est aujourd’hui de 23 000 bolivars pour 1 dollar sur le marché noir. Cet écart monstre est d’ailleurs la référence de prix pour tout produit importé dans le pays, créant une inflation gigantesque allant de pair avec la fermeture des entreprises privées par le gouvernement, qui provoque une pénurie à l’échelle nationale. Rowswell commente cette situation en affirmant que 73% des vénézuéliens ont perdu du poids suite à la pénurie alimentaire au cours de la dernière année.

De plus, le Vénézuela est l’un des pays les plus meurtriers d’Amérique Latine, juste derrière le Honduras, avec 28 479 morts violentes enregistrées en 2017. L’un des mandats de l’ambassade canadienne étant de collecter différentes données sur le pays, les informations sur le manque de sécurité ne font pas exception. Cependant, une telle mission peut s’avérer bien compliquée puisque tenir des statistiques sur le crime est en fait un crime en soi. Également, Rowswell note que le gouvernement d’Hugo Chavez a gagné tous ses cas judiciaires depuis les dix dernières années, semant un doute quant à l’impartialité du système de justice.

Cette forte tendance pour le contrôle se retrouve également dans les communications où plus de 50% des ressources gouvernementales sont investies dans l’achat des médias d’opposition, la manipulation des réseaux sociaux et l’omniprésence du président à la télévision.

Des tentatives de résistance

Bien entendu, une telle irresponsabilité n’est pas passée inaperçue. En avril 2017,  d’impressionnantes manifestations se sont organisées afin de protester contre le gouvernement chavista. Pendant plus de cent jours, les citoyens sont descendus dans les rues malgré les répressions et ont réussi à attirer l’attention de la communauté internationale. Pris au piège, le gouvernement a choisi d’éliminer la constitution, un geste qui, pour Rowswell, a confirmé le statut dictatorial du pays. C’est donc ainsi que le Venezuela, ironiquement le premier pays démocratisé d’Amérique Latine, est devenu l’un des plus pauvres.

En conclusion, Rowswell a souligné le besoin de réviser notre définition du populisme, déclarant que le but ultime d’une telle idéologie est la dictature et non le bien-être collectif. Il avertit également les Vénézuéliens d’être prudents, puisque rien ne garantit qu’après la fin de ce cauchemar, le populisme ne reviendra pas.

 
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