Arnaqueur, servante et comtesse
1 novembre 2016 - Image par Courtoisie de Mongrel Media
Mademoiselle, un conte pour adulte envoûtant mais inconsistant.

Le dernier film de Park Chan-wook faisait la clôture du Festival du Nouveau Cinéma le 16 Octobre et est désormais à l’affiche depuis le 28 Octobre au Cinéma du Parc. Pour son dernier film, Park Chan-wook  emporte son public en pleine colonisation japonaise en Corée dans les années 1930 afin de suivre Sook-hee, une jeune coréenne engagée en tant que servante par la riche japonaise Hideko. Sook-hee emménage donc dans le sombre manoir de l’oncle tyrannique de Hideko, découvre la routine de sa mystérieuse maîtresse et tente de s’adapter à ce style de vie. Hideko de son côté essaie de trouver une alliée pour survivre à son quotidien pesant. Elle ignore cependant que sa nouvelle servante est en réalité la complice d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, et que les deux acolytes cherchent à la déposséder de sa fortune colossale. 

Une esthétique au service de la narration

La photographie et la composition arrivent à créer une ambiance parfaitement gothique et mystérieuse. Le montage vient contribuer à cet effet et ajoute même un aspect hypnotisant au film. Celui-ci ressemble à un conte pour adultes de par sa structure en trois chapitres, son atmosphère quasi-féérique et ses personnages qui semblent incarner des vertus ou des vices. Le jeu d’influence auxquels ces derniers se livrent est fascinant. Le film parvient donc à rester surprenant, puisque les protagonistes ne cessent jamais d’inter-changer les positions de dominants/dominés, de sorte que les spectateurs soient complétement incapables de comprendre lequel d’entre eux aura le dernier mot. Le rythme est malgré tout fluide et les acteurs sont très convaincants, ce qui permet à l’œuvre de poser efficacement des indices à mesure que l’histoire avance. Park Chan-wook arrive également à poser de délicates touches de poésie grâce au magnifique travail de photographie. Les corps deviennent de beaux objets à observer et les paysages des miroirs de la psyché des différents personnages.

Des tonalités paradoxales

La dimension poétique de ce conte cinématographique est également teintée d’une sensualité puissante. Les scènes érotiques sont parfaitement justifiées dans la plupart des cas puisqu’elles contribuent à la noirceur du film et permettent de capter certains aspects psychologiques des personnages. Elles sont de plus très esthétiques et offrent un contraste intéressant avec le côté conte du film, ancrant l’œuvre dans un genre un peu flou mais néanmoins captivant. Cette manière de mêler ce qui est enfantin (la structure de l’histoire, les personnages qui matérialisent des concepts abstraits) et ce qui est adulte (sexe, manipulations et connaissance) reflète le paradoxe génial du film qui balance parfaitement entre une délicate légèreté et une ambiance capiteuse et pesante. La photographie et la composition arrivent à créer une ambiance parfaitement gothique et mystérieuse.

Un manque de constance

Le gros problème du film réside dans son troisième chapitre. D’une qualité nettement inférieure à celle des deux chapitres précédents, ce dernier ne fait que livrer des redondances ou présenter des scènes improbables qui viennent malheureusement gâcher l’équilibre sus-cité en détruisant tous les efforts de légèreté que le film fournissait auparavant. Park Chan-wook cherche trop à montrer du doigt la direction qu’il souhaite que le film prenne et livre donc des scènes superflues, parfois à la limite du grotesque, que le très bon jeu des acteurs ne parvient pas à sauver. Les spectateurs font donc malheureusement face à un final écrasant qui fait un peu oublier les prouesses des chapitres précédents. On regrette par conséquent que le film n’eut pu faire preuve de constance, puisqu’un dernier chapitre réussi aurait pu le hisser au rang de chef d’œuvre. 

 
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