Grève à l’horizon?
25 octobre 2016 - Image par Mahaut Engérant
Les membres du principal syndicat des travailleurs étudiants votent pour un mandat de grève.

«82 pourcents en faveur d’actions de revendication allant jusqu’à une grève», la gorge nouée, Claire Michela, présidente du SEOUM (Syndicat des employé.e.s occasionnel.le.s de l’Université McGill, AMUSE en anglais, ndlr), annonce que les membres présents lors de l’Assemblée générale extraordinaire viennent, par leur scrutin, de délivrer à l’équipe de négociation du syndicat un mandat de grève. En ce début de soirée du jeudi 20 octobre, dans un bâtiment Leacock frissonnant sous une pluie d’automne, un «ouf» de soulagement collectif s’enfuit de la poitrine de l’équipe exécutive syndicale. Le parterre se disperse, se mêlant aux nombreux hédonistes sortant du Bar des Arts, inconscients du petit bout d’histoire syndicale qui vient de s’écrire la porte à côté.

Les arguments du syndicat

Malgré un score s’approchant du plébiscite, la proposition de vote a fait l’objet d’un débat engagé. L’équipe syndicale, composée majoritairement de non-étudiants (alors que les étudiants représentent 85 à 90% des membres), avait, en ouverture de session, présenté ses arguments justifiant ce mandat de grève.

En ce début d’année civile, le SEOUM est entré en négociations avec l’Université pour arriver à une nouvelle convention collective, l’ancienne convention (la première de l’histoire de SEOUM, signée en 2010) ayant expiré au printemps 2015. Le SEOUM est arrivé à la table des négociations avec une liste de demandes précises, cette liste étant le résultat d’un long processus de consultation de ses membres.

Ces revendications se résument ainsi en quelques mots: à travail égal traitement égal. Pour ce faire, le SEOUM demande un salaire à la hauteur du travail effectué et la définition précise de ce travail (sur le descriptif des postes fourni au SEOUM par l’Université n’apparaît souvent que le mot «étudiant»), un salaire décent (c.à.d. supérieur à 15 dollars l’heure, une étude indépendante ayant trouvé que l’on ne peut pas vivre avec moins de 15.38 dollars l’heure à Montréal, pour rappel le salaire minimum est actuellement au Québec de 10.85 dollars), un système de Work Study qui fonctionne (McGill interdit pour l’instant au bureau Work Study de communiquer avec celui des relations humaines ou SEOUM, ce qui explique son inefficacité et opacité et est illégal selon le syndicat).

Difficultés et injustices

Une cinquantaine de membres sont présents, principalement des femmes, et quelques-uns témoignent des difficultés qu’ils ont pu rencontrer en travaillant pour McGill: difficulté à obtenir une véritable carte McGill, enchaînement de contrats de quelques semaines une année durant, manque de stabilité et de prédictibilité concernant l’emploi du temps et les dates de versement de la paie, être payé moins que ses collègues simplement parce qu’on l’est pas employé pour du long terme… Le message est clair, McGill ne respecte pas comme il se doit ses travailleurs occasionnels et temporaires.

Et l’Université, selon l’équipe de négociations du SEOUM, ne s’est pas montrée conciliante avec le syndicat, refusant le compromis sur nombre des priorités, salaire et Work Study notamment. Un mandat de grève, argumente Bradley Powell, négociateur pour le SEOUM, permettrait au syndicat de mettre l’Université sous pression. Ce mandat de grève peut désormais être exercé à tout instant par le SEOUM, mais la présidente insiste sur le fait qu’il s’agit d’un moyen de dernier recours qu’on préférerait ne pas utiliser. Si il est exercé, tous les membres de SEOUM se retrouveront dans l’interdiction d’aller au travail, sous peine de poursuites judiciaires, mais pourront être partiellement rémunérés.

Une majorité sans unanimité

Certains membres firent toutefois entendre leurs réserves. Plusieurs remarquèrent qu’une minorité dérisoire de membres avaient fait le déplacement (une cinquantaine sur 3000 membres au total), remettant en question la légitimité du vote et faisant valoir qu’ils ou elles n’étaient pas à l’aise avec l’idée de voter avec tant d’absents et dont la voix ne serait pas entendue. D’autres se prononcèrent contre le mandat de grève. Suki, étudiant en musique, expliqua qu’il ne pouvait pas voter en faveur tant qu’il ne savait pas s’il pourrait toucher sa paie de grève. Cette paie, provenant du syndicat-parent du SEOUM — l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) — s’obtient après avoir passé quatre heures quotidiennes au piquet de grève, ce qui entre en conflit avec l’emploi du temps de certains.

Mais ces réserves n’auront pas empêché la résolution de la majorité à voter pour un mandat de grève. L’issue du dépouillement effectué par Jean-Michel Fortin — négociateur en chef pour le SEOUM dépêché par l’AFPC — pose le syndicat en position de force (relative) lors de ces prochaines discussions avec l’Université, et ce, dès cette semaine.

 
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