Emma Watson et les beaux jours du «militantisme spectacle»
4 octobre 2016 - Image par Éléonore Nouel

Cette semaine, au sein du Parlement canadien, on pouvait croiser Emma Watson déambulant dans les allées entre deux réunions avec le gratin de la politique canadienne, dont le premier ministre lui-même. Si la visite d’Emma Watson au Canada se fait dans le cadre de son implication au sein des Nations unies pour la campagne #HeForShe (Lui pour elle, ndlr), son implication féministe, elle, est encore contestée par plusieurs voix.

À l’image de Watson, de nombreux artistes utilisent leur influence pour mobiliser la population aux enjeux sociétaux. On peut penser à Beyoncé et sa performance dédiée au mouvement Black Lives Matter au Super Bowl, à Leonardo DiCaprio et son engagement pour lutter contre le réchauffement climatique ou même à Angelina Jolie et ses nombreuses visites dans des camps de réfugiés. Pour revenir à Emma Watson, nul ne peut nier la portée de son message. Après tout, de par sa célébrité, et son statut d’icône pour les jeunes femmes de sa génération, elle est certainement une excellente figure de proue pour cette cause. Cependant, nous sommes en droit de nous demander s’il s’agit d’un militantisme légitime, ou alors de «militantisme spectacle»?

L’illusion du militantisme

Le militantisme spectacle, est une forme d’engagement politique ou social portée par une personnalité célèbre, souvent largement relayée par les médias à coups de hashtags. Lorsque des célébrités comme Watson effectuent des visites comme celle au Canada, on voit aussi le côté bonbon du militantisme, celui des selfies et des paparazzis. Les causes ne sont embrassées qu’en apparence, pour coller aux personnages qui y sont associés. Tout n’est qu’une question d’image, la cause est souvent secondaire.

Watson a affirmé que, lorsqu’elle a débuté les travaux de sa campagne #HeForShe, une boîte de pandore s’est ouverte, l’exposant à la critique et aux menaces. Nul ne doute des bonnes intentions de Watson. Après tout, elle jouit déjà d’une notoriété inouïe, et n’a pas besoin de cette cause pour faire partie de la zeitgeist populaire. Le problème, malgré tout, c’est que les gens comme Watson donnent une image du féminisme qui n’est pas authentique. Après les Angelina Jolie et les Jennifer Lawrence, voici encore une fois une autre célébrité qui nous en parle. Le triste aspect de la chose étant que, pour que les hommes, et plusieurs autres, y portent attention, la présence d’une belle jeune femme est nécessaire. C’est par admiration pour le personnage que représente Watson et autres que certains tweetent #HeForShe, prennent des photos, et partagent des vidéos sur YouTube. Cependant, parmi ces individus, combien agiront? Combien iront s’impliquer dans leurs communautés? Ou plus simplement encore, combien d’entre eux comprennent réellement ce que veut dire le féminisme. Ce qu’on leur présente, c’est une campagne de marketing, une illusion du militantisme. Et après cette campagne, il y en aura une autre. Et puis après celle-là une nouvelle autre, au rythme des tendances et des hashtags.

Le revers de ce militantisme spectacle est que ces célébrités deviennent le centre de l’attention, au détriment de la cause défendue. Ainsi, si Watson tente de faire avancer la cause des femmes, les militants locaux se retrouvent alors dépendants d’elle, voire effacés.  En effet, les initiatives au niveau des collectivités ne recevront pas la couverture médiatique dont jouit Watson. Ainsi, sans l’attention d’une célébrité tel que Watson de nombreux mouvements, dont la cause féministe, sont ignorés.

Plus encore, la figure «sage», consensuelle et polie de Watson contraste de façon violente avec celle des militants. Ainsi, dans le cas de la cause féministe, de nombreuses critiques accusent les militants d’agressivité ou d’hystérie. Le terme feminazi vient à l’esprit, utilisé de façon péjorative par certains qui perçoivent que certains féministes prônent non pas l’égalité homme-femme, mais plutôt une position supérieure pour le genre féminin par rapport aux hommes.

Il est regrettable que féminisme et bon sens ne soient toujours pas des synonymes. C’est ce qu’il faudrait viser, en toute logique. Si c’est l’objectif que les célébrités comme Emma Watson tentent de remplir en prononçant des discours et en prenant des photos avec les Justin Trudeau de ce monde, ce n’est pas nécessairement l’effet obtenu. On tente de trouver de nouvelles façons de brander le féminisme plutôt que d’engager un dialogue. 

 
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