Place à la presse
13 septembre 2016
World Press Photo 2016 revient en images sur les épisodes marquants de l’année.

Permettre au visiteur d’éprouver par le regard le bruissement du monde: jusqu’au 2 octobre, l’illustre compétition World Press Photo fait escale au Marché Bonsecours pour sa onzième édition montréalaise. À travers une sélection de 150 photos, l’exposition parcourt l’actualité récente, de la série de séismes au Népal en avril 2015 aux attentats de Paris. 

Transformer l’actualité en art

L’exposition s’attèle à une délicate mission: celle d’ouvrir une fenêtre sur le monde, d’illustrer des problématiques actuelles en adoptant une perspective artistique. À ce titre, l’une des forces de World Press Photo 2016 est la grande variété de thèmes qu’elle explore. Cette diversité permet au visiteur de découvrir de nombreuses facettes du monde contemporain. Des métamorphoses environnementales à la crise des réfugiés, les photographies présentées offrent un regard kaléidoscopique sur le monde, et remettent en question nos aprioris quant à son état. L’originalité des photos présentées dans l’exposition est également remarquable. Habitués à un flot incessant d’informations et d’images, la présentation de ces photographies d’actualité comme des œuvres d’art journalistiques nous permet de saisir leur sens en profondeur.

(Dés)humaniser la violence

Cette ambition artistique peut cependant se révéler déroutante, notamment quand il s’agit de représenter des phénomènes actuels dramatiques. Une grande partie des photos exposées dépeignent en effet des épisodes mortifères de l’actualité, en particulier de la guerre en Syrie. Si les images de violence interpellent sur la gravité de ce conflit, leur exposition interroge sur la dimension éthique de la représentation de la mort et de la douleur. «Il y a quelque chose de violent dans le fait de regarder pendant quelques instants une image sanglante de guerre, bien à l’abri dans un musée, puis de continuer sa visite comme si de rien n’était», confie un visiteur. Entre information et voyeurisme, la frontière craquelle. Les images les plus marquantes sont ailleurs.

Brent Stirton, Afrique du Sud, Getty Images pour National Geographic - Titre : Guerre de l'ivoire. Nature, 2e prix - Histoire

Moins sensationnelles, faisant plus appel à l’empathie qu’à l’effroi, les photographies de Magnus Wennman ou de Warren Richardson sont particulièrement fortes, illustrant avec sensibilité la brutalité de l’exil. Dans la même lignée, l’exposition complémentaire Je ne viens pas de l’espace, faisant le portrait des réfugiés syriens installés à Montréal, permet d’individualiser les victimes de ce conflit, souvent assimilées à une masse anonyme dans les discours publics. Là où les images de violence creusent une distance, ces photographies à visages humains la réduisent.

Du temps court au temps long

L’exposition propose également au visiteur d’explorer des phénomènes sociaux et politiques à travers des projets photographiques accomplis sur le long terme. La photographe Mary F. Calvert s’est ainsi attachée à documenter les agressions sexuelles dans l’armée américaine et les traumatismes qu’elles engendrent. Ses photographies retranscrivent les vies d’anciennes militaires et luttant pour la reconnaissance publique de  violences sexuelles souvent ignorées par les autorités. La série de photographies de David Guttenfelder, prises en Corée du Nord, est toute aussi saisissante. Le photographe retranscrit par l’image l’influence de l’idéologie totalitaire du régime sur les corps et le quotidien des Nord-Coréens. Outre les images des cérémonies dévouées au culte de la personnalité de Kim Jong-un, des photographies plus intimes des habitants offrent un regard inédit sur cet état. Dédiée au rayonnement du photojournalisme, World Press Photo 2016 remplit sa promesse. Outre leur visée informative, les photographies sélectionnées sont toutes porteuses d’un regard personnel sur une réalité politique. Plus qu’une couverture figée de l’actualité, l’exposition propose une multitude de regards artistiques appelant à y réagir.

 
Sur le même sujet:
15 septembre 2015
21 septembre 2010