Le VIH: un virus ou un crime?
22 février 2016 - Image par Lauren Boorman
La loi criminelle canadienne autour du VIH provoque plus de mal que de bien.

Cécile Kazatchkine, analyste politique et membre du Réseau juridique Canadien VIH/SIDA, a tenu une conférence le 18 février à l’Université Concordia. Abordant le thème controversé de la non-divulgation du VIH, elle a expliqué son point de vue à un public composé d’étudiants, de professeurs et de personnes atteintes du virus.

Dimension scientifique

Le sida (syndrome d’immunodéficience acquise, ndlr) est la phase terminale du VIH (Virus de l’Immunodéficience Humaine, ndlr), maladie transmissible sexuellement, par voie sanguine et de la mère à l’enfant, qui cause la destruction du système immunitaire. La personne séropositive ne succombe donc pas à la maladie à proprement parler, mais plutôt à des maladies dites «opportunistes». Ces maladies, généralement la tuberculose ou les candidoses, vont attaquer le porteur en l’absence de défense de la part de l’organisme, signant sa sentence de mort.

Heureusement, les recherches dans le milieu scientifique ont progressé depuis plusieurs années. Le premier traitement étant apparu en 1996, il est aujourd’hui possible de médicamenter la personne séropositive, contrôlant et transformant ainsi la condition fatale en une maladie chronique. Ce contrôle est effectué à travers l’estimation de la charge virale du patient (c’est-à-dire l’évaluation de la quantité du virus dans le sang) et sert d’indicatif du risque de contamination. Lorsque la charge virale est indétectable, donc nulle, le patient pose un risque quasi nul de contamination à son partenaire sexuel. Jumelé à un port du préservatif, l’usage de médicaments prévient alors efficacement la transmission du virus.

Plus de 70 scientifiques canadiens s’étant penchés sur la question ont ainsi signé un consensus sur les risques de transmission du sida en 2014, prouvant ces affirmations.

Lauren Boorman

Dimension juridique

Pourtant, au Canada, une personne séropositive ne divulguant pas son état à son partenaire sexuel peut être poursuivie au criminel. Classée dans la même catégorie que les délinquants sexuels haineux, la non-divulgation du VIH est traitée comme une agression sexuelle grave, impliquant un sérieux «handicap à la vie». La peine maximale encourue est la perpétuité et la poursuite peut prendre place même si le virus n’a pas été transmis.

Cécile Kazatchkine, pour sa part, juge la décision de la Cour suprême de criminaliser la non-divulgation injuste. Soutenant que la loi ne prend pas en compte les circonstances auxquelles font souvent face les personnes séropositives, elle milite pour la décriminalisation. À l’aide de plusieurs exemples d’histoires vécues, elle a souligné les failles du processus de condamnation.

L’un des exemples les plus frappants est celui d’une femme séropositive, qui vit avec son conjoint depuis plusieurs années et qui a un fils avec lui. Subissant plusieurs abus physiques et psychologiques de la part de l’homme, elle le quitte pour ensuite être poursuivie, à sa plus grande surprise, au criminel. Son conjoint, soutenant qu’elle ne lui avait pas divulgué sa séropositivité lors de leurs premiers rapports sexuels, gagne le procès, l’envoyant derrière les barreaux. Cependant, aucune contamination n’avait eu lieu durant leur relation, donc aucun handicap à vie — élément qui est pourtant essentiel lors d’une condamnation d’agression sexuelle grave. Néanmoins, cette femme a tout de même vu son nom être inscrit dans le registre national des délinquants sexuels.

Ces cas de vengeance, courants selon Kazatchkine, encouragent à réfléchir quant à l’injustice que pose le processus de condamnation. Depuis la criminalisation en 1998, 181 personnes ont été poursuivies, contribuant ainsi à la stigmatisation des personnes séropositives dans la société.

Même si les opinions divergent au sein de la société, la décriminalisation de la non-divulgation du VIH est de mise selon Kazatchkine. Le traitement du VIH au niveau juridique doit suivre les avancées scientifiques qui n’en font plus une maladie mortelle. En attendant que des changements soient apportés au sein de la loi canadienne, le travail de sensibilisation à la réalité des porteurs du virus est crucial pour contrer l’effet stigmatisant de la loi. 

 
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