Le ciel serait-il la limite?
9 février 2016
La croissance record des fonds indiciels cotés canadiens sous les projecteurs.

Les fameux index trackers canadiens continuent sur leur lancée en 2016 alors que 2015 avait déjà été une année record pour ces fonds. L’intérêt croissant que les grands fonds de pension portent à ce type d’investissement pourrait en effet indiquer un changement de mentalité chez les gestionnaires de fonds, ces grands manitous du système financier moderne.

2015: une année record

Les fonds trackers, aussi appelés fonds indiciels cotés ou encore ETF (Exchange-Traded Fund, ndlr) sont généralement des fonds qui cherchent à reproduire les indices boursiers, tels que le Standard & Poor 500 (S&P 500). Ce dernier est un indice boursier basé sur 500 des plus grandes compagnies américaines cotées en bourses.

Apparus à la fin des années 1980, ces fonds ont vu leur popularité croître au cours des deux dernières décennies pour devenir un produit incontournable des marchés financiers.

Au cours de l’année passée, l’industrie de ces trackers a explosé à des niveaux records. En effet, selon Clare O’Hara du Globe and Mail, ce ne sont pas moins de 16,5 milliards de dollars canadiens qui ont été rajoutés à ces fonds, tandis que le groupe d’institutions financières proposant ce type de produit s’est vu rajouter trois membres au cours de l’année passée. Au total, on compte maintenant douze de ces institutions, dont notamment la Banque de Montréal (BMO).

Si à ce jour, ces ETF ne représentent que 10% des fonds mutuels, ils représentent près de 20% des afflux de fonds d’investissement. En d’autres mots, il semblerait que ces fonds représentent une part de plus en plus importante de notre industrie financière et cela est confirmé dans le rapport de la BMO sur la projection des fonds indiciels cotés en 2016. De plus, cette popularité ne semble pas s’être arrêtée au Canada puisque le Financial Times expliquait le 10 janvier dernier que l’Europe et le Japon avaient eux aussi observé des chiffres de croissance similaires dans leur secteur financier respectif.

Un changement de mentalité

Si vous avez été bercé par le mythe de l’investisseur-oracle qui gagne des millions en choisissant parfaitement quel titre financier acheter, ou vendre, au moment le plus propice, la popularité record des fonds trackers devrait écorner cette belle image. En effet, la caractéristique primaire de ces produits financiers est que l’investisseur n’investit plus dans une seule compagnie mais dans un groupe relativement divers de compagnies. Finis donc les retours à trois chiffres. À l’inverse, les investisseurs ne sont maintenant plus exposés aux risques individuels de chaque compagnie mais aux risques de toutes les compagnies du fond dans lesquels ils ont investi.

Certains expliquent ce changement de stratégie par un retournement de mentalité: «si tu ne peux pas les battre [les ETF], rejoins-les.» Selon Christos Costandinides, fondateur de la firme de consultation BlueHarbor, «2015 a été l’année où il est devenu évident que les ETF ne sont plus de simples instruments financiers, mais une véritable idéologie qui transformera l’industrie de la gestion d’actifs telle que nous la connaissons.»

D’autres pensent que les jours de cette croissance inexorable sont comptés. En effet, avec l’avènement de leur toute-puissance est venu le regard scrupuleux des régulateurs, et de nombreux acteurs des marchés s’accordent sur le fait qu’une réforme des régulations pourrait changer la donne en demandant aux gestionnaires de fonds de s’aligner sur les régulations du système bancaire.

Alors que l’économie canadienne cherche un second souffle au milieu de cette crise pétrolière, une réforme du type Bale III (l’ensemble des réformes du système bancaire après la crise de 2007, ndlr) de l’industrie pourrait déclencher une nouvelle fuite des capitaux vers des produits financiers plus intéressants, tandis qu’un manque de réforme pourrait être une future source d’instabilité pour le système. Ce débat devrait devenir de plus en plus pressant au cours des prochaines années, voire mois, avec cette montée soutenue de la popularité des fonds trackers

 
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