(Sois belle) et ne te tais pas
2 février 2016 - Image par Lisa El Nagar
Hymne à la révolution féministe au Centre Phi.

Présenté au Centre Phi le 27 janvier dernier, She’s beautiful when she’s angry (Elle est belle quand elle est en colère, ndlr) retrace le parcours des intellectuelles et activistes féministes ayant fondé le mouvement de libération des femmes aux États-Unis. Ce documentaire historique réalisé par Mary Dore suit l’évolution du mouvement à travers les yeux de celles qui l’ont façonné.

«Le changement ne peut se produire que si des personnes radicales s’y efforcent», explique l’une des principales instigatrices du mouvement. S’appuyant sur des images d’archives et des entrevues, She’s beautiful when she’s angry suit la trajectoire des membres des nombreux groupes féministes ayant lutté pour améliorer la place des femmes dans la société américaine. Dans les années 1960, inspirés par les mouvements des droits civiques et les manifestations contre la guerre du Vietnam, des dizaines de groupes de femmes se forment à travers les États-Unis. Leur volonté: lutter contre les discriminations auxquelles elles font face dans le monde du travail. Leur slogan: femmes impétueuses, unissez-vous! Identifiant, dans leurs expériences personnelles, les racines d’un malaise sociétal, elles militent pour changer le regard des États-Unis sur les femmes et enfin accéder au statut «d’être humain à part entière». Alors que naissent des demandes de femmes blanches et hétérosexuelles de la classe moyenne, le mouvement prend rapidement de l’ampleur et s’enrichit en s’ouvrant à la diversité des expériences des femmes noires et lesbiennes.

Si l’écriture documentaire de Mary Dore repose sur un schéma classique, alternant sans relâche entrevues et images d’archives, She’s beautiful when she’s angry offre néanmoins un aperçu fascinant de l’effervescence politique des années 1960. Mary Dore communique avec talent «l’esprit» de l’époque et permet au spectateur de s’immerger dans la réalité de ces militantes. Les nombreux témoignages rassemblés par la réalisatrice étoffent la narration et offrent à l’inventaire d’images historiques un regard subjectif précieux. «Il est difficile de comprendre comment la vie était avant», explique l’une des activistes interrogées.

Le documentaire a le mérite de dépeindre, par l’image, les aspects d’une époque dont les combats demeurent d’actualité et se révèle étonnement drôle, sans cesse attisé par le sarcasme de ses commentatrices.

Lisa El Nagar

Didactisme et nuances

Ôde à l’activisme politique, le documentaire se décrit comme étant destiné à «inspirer les femmes et les hommes à œuvrer pour le féminisme et les droits de l’Homme». L’aspect extrêmement didactique du documentaire invite en effet à mesurer l’importance des combats pour la libération des femmes, sans pour autant adopter un ton moralisateur conventionnel. Le documentaire ne s’apparente ni à une narration épique, ni à une exaltation de personnages historiques: c’est le récit d’un combat difficile et parsemé d’échecs, animé par le désir de chambouler la société dans son ensemble. She’s beautiful when she’s angry insiste également sur la pluralité du mouvement, ne recule pas devant la description des controverses et des divisions intestines l’ayant animé. Loin de faire l’éloge d’un féminisme unique, le documentaire donne la parole aux actrices de ses différentes branches, offrant une vision nuancée et complexe du mouvement.

Avec son titre ironique, pied de nez à l’objectivation sexuelle contre laquelle toute une génération de féministes a lutté, ce documentaire ressuscite l’atmosphère politique survoltée des années 1960. She’s beautiful when she’s angry fait écho à l’investissement des féministes d’aujourd’hui, prolongeant la lutte toujours nécessaire de celles d’hier. 

 
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