Aux étudiants
24 novembre 2015
À nous de penser, à nous d’agir.

Un vendredi 13, la Bête Humaine est sortie de sa caverne pour un grand spectacle dans le théâtre de Paris où la Bêtise, l’Ignorance, et la Lâcheté s’en sont données à cœur joie. Après les vagues d’émotions, après l’inquiétude qui coupe abruptement le souffle, la colère qui rend les mains moites et les tempes douloureuses, je reste dans un état de calme et de pleine conscience qui m’encourage à agir et à dépasser ce sentiment d’impuissance, trop de fois ressenti.

Ce n’est pas la malchance, le malheur, ou la malédiction qui ont décidé de frapper mon pays un vendredi 13. Les choses n’arrivent jamais sans raison.

Une réalité française ancrée dans un problème qui dépasse ses frontières

On se remémore d’abord les avertissements bien connus d’Huntington qui prévoyait la bataille entre civilisations dans nos horizons futurs, opposant un Ouest à dominance chrétienne au reste du monde apparenté à d’autres confessions forcément rivales. Mais bien au-delà de cette première lecture de la réalité, au-delà des alibis religieux – partiellement fondés, mais surtout hypocrites – s’ajoutent d’autres causes qui expliquent la violence croissante de nos sociétés modernes, au-delà des frontières françaises, dont Beyrouth pourra tout aussi gravement témoigner.

Aujourd’hui dans cette course globale à la modernisation et à la démocratisation, c’est au tour de l’Islam. Comme le judaïsme et le christianisme l’ont fait avant elle, c’est désormais à l’Islam de se débattre pour prouver la compatibilité entre son expression publique et le respect de l’émancipation de ses sociétés; c’est à son tour de se battre contre les amalgames (entre «islamique»set «islamiste») qui la stigmatisent comme «empire de contraintes» pour le droit des femmes par exemple, ou bien comme «terreau de haine et de violence». Seulement, la jeunesse, le manque de temps et d’expérience de l’Islam, ainsi que son absence de cohésion interne, dans ce contexte d’un monde lancén mgrande vitesse, rendent le problème d’autant plus urgent et flou.

Déconstruire, reconstruire, s’unir

La France, avec l’éloquence de ses Lettres, la grandeur de ses Idéaux et sa longue Histoire, est source de fierté pour les Français mais les accable quelques fois pernicieusement. Je crois qu’aujourd’hui on se retrouve un peu acculés face à une réalité qui nous glisse entre les doigts, trop décalée de nos grands discours, sans trop savoir comment renverser la tendance. Et dès lors que l’on veut pointer du doigt les failles de notre société française, on manque de mots pour les appréhender.

Comment pourrait-on se plaindre, nous à qui l’on rétorquera une soi-disant acquisition de «Liberté, Égalité, Fraternité», d’un niveau de vie décent pour la majorité des Français, de systèmes éducatif et de santé gratuits. On relativise et finit par se contenter de ce travestissement de la réalité, alors que beaucoup est à refaire.

Aujourd’hui il n’y a pas de dirigeant en France qui puisse nous aider à nous unir et qui puisse nous guider dans une direction précise. L’unité et la cohésion françaises sont à refaire. Le modèle social d’intégration français est à refaire. La nature aveuglément subjective et la forme individualisée des discussions en France sont à refaire. Il faut alors prendre le temps d’instaurer un véritable dialogue pour révolutionner cette habitude de coexistence séparée (vs. vivre-ensemble) en France poussée par la ghettoïsation spatiale et le manque de mixité sociale.

Peut-on donner une réponse collective et individuellement consentie à cette question de l’identité française, aujourd’hui?

J’appelle à la mobilisation des étudiants. J’appelle à une prise de conscience personnelle de tous pour un avenir partagé. Qui d’autre pourrait agir? Qui a autrefois agi? Qui a impulsé et porté mai 1968? Cependant n’oublions pas non plus que les débordements, la confusion et la précipitation du mouvement ont avorté toute solution durable et ont empêché de traiter les causes plutôt que les simples symptômes du problème, nous menant cinquante ans plus tard à un décor qui nous laisse une vague impression de déjà-vu.

Il faut se rassembler avec courage mais sang-froid, pour parler avec cohérence et se faire entendre avec force. Surtout à l’approche de la radicalisation généralisée, de la virulence des médias, des prochaines élections régionales ensorcelées par le dangereux populisme de Le Pen (dirigeante du Front National, ndlr). Je propose donc le rassemblement des étudiants, pour prendre le temps de parler, de réfléchir un moment constructivement ensemble, et de s’inspirer mutuellement. Réveillez-vous. Écoutez-vous et répondez-vous. Échangez pour réajuster et nuancer. Pour créer et imaginer.

 
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