L’homonyme russe
17 novembre 2015 - Image par Luce Engérant
Le port littéraire.
Mahaut Engérant | Le Délit

Le nom de Vladimir Vladimirovitch Poutine est intimement lié, dans la culture générale, au président actuel de la Russie. C’est toutefois un nom commun dans ce pays, comme nous l’apprend le narrateur éponyme, dont il sera question dans le nouveau roman de Bernard Chambaz. Ce personnage apparait comme un être troublé par la montée au pouvoir d’un homme avec qui il partage de nombreux points communs, points qu’il note religieusement dans des carnets aux couleurs variées. Par l’alternance entre la vie du protagoniste et les notes de ces carnets, le roman Vladimir Vladimirovitch ouvre tout un espace réflexif sur les notions d’identité et d’altérité, en plus d’offrir un aperçu biographique du président russe Poutine.

Le thème principal de ce roman, c’est à dire la recherche identitaire du narrateur, se dévoile d’entrée de jeu et laisse planer une direction assez psychologique, voire psychanalytique. Malheureusement (ou peut-être heureusement, selon les goûts) cette approche est écartée assez vite pour laisser entrevoir un récit plus banal, construit autour d’un narrateur qui ne présente pas d’intérêt particulier. La motivation qui le pousse à se définir en opposant sa vie à celle de son homonyme offre un semblant de trame narrative, mais cette obsession laisse un goût amer en bouche. En effet, malgré les cahiers de notes et les quelques pensées confuses, le personnage fait pâle figure comparativement à un roman comme L’Autre comme moi de José Saramago.

Les carnets de notes participent activement à la pertinence de Vladimir Vladimirovitch et en restent l’intérêt principal. Ces cinq textes retracent les différentes étapes de la vie du président Poutine, de son enfance jusqu’à aujourd’hui, ou plus précisément jusqu’aux Jeux Olympiques de Sotchi. Le style d’écriture combine à la fois le narrateur omniscient, qui connait tous les détails de la vie de l’homme ainsi que ses sentiments, et le narrateur témoin, qui observe et commente subjectivement les actions posées par celui-ci. Cette double dynamique entraine le lecteur dans une biographie qui se retrouve littérarisée, faisant du président un véritable acteur du récit et lui conférant, du même coup, des motifs et des émotions facilement discernables. Les commentaires effectués en marge de ces carnets n’ajoutent pas toujours des détails pertinents, mais incitent plutôt le lecteur à ne jamais mettre de côté la présence du personnage principal dans ses écrits. Ces petits rappels permettent aussi de relancer l’aspect romanesque du livre.

Somme toute, ce nouveau roman de Bernard Chambaz attire l’attention au premier coup d’œil: une pochette attirante, un titre simple et direct ainsi qu’une quatrième de couverture énigmatique. Une fois débuté, cependant, Vladimir Vladimirovitch réussit difficilement à tenir ses promesses. Récit psychologique assez décevant, le livre s’épanouit principalement dans les passages concernant le président Poutine.

 
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